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Québec sans SIDA: «Et si c’était votre fille?»

Photo: Thomas Faull - iStock

Dans quelques jours, Montréal accueillera la Conférence internationale sur le sida. Pourtant, le milieu communautaire dénonce un manque de stratégie des gouvernements. Lors de la conférence Pour un Québec sans sida d’ici 2030, il a envoyé un message clair aux différents paliers gouvernementaux.

«Au Canada et au Québec, on n’a juste pas de stratégie. Là, on accueille les experts du monde entier, mais on n’a pas de plan […]. On veut profiter du moment pour dire: faisons un plan et on est là avec des solutions», explique Guy Gagnon, président du conseil d’administration de la Coalition des organismes communautaires québécois de lutte contre le sida (COCQ-SIDA). «Nous, au communautaire, on l’a fait; on tend la main à la santé publique […], mais l’initiative, elle vient du communautaire actuellement.»

Il demande davantage de fonds de la part d’Ottawa et Québec.

Le gouvernement fédéral fait sa contribution au fonds international […], mais à l’interne, le financement a stagné depuis 2008, alors qu’il y a eu 25 % d’augmentation au Canada.

Guy Gagnon

Pour le président de la Fondation québécoise du sida, Yvan Lemieux, le gouvernement doit faire confiance à l’expertise du milieu communautaire. Au-delà de la confiance, c’est un partenariat qu’il souhaite voir s’établir.

Le milieu communautaire demande notamment que la PrEP soit rendue gratuite. Pour Guy Gagnon, le calcul est simple quant à l’utilité de rendre ces traitements gratuits. Le traitement préexposition (PrEP) évite notamment aux personnes exposées d’être infectées.

«Chaque nouvelle infection (empêchée) va éviter des milliers de dollars par année pour chaque nouvelle personne. Il ne semble pas y avoir de compréhension de cette logique-là, dit-il. Nous, on demande la PrEP gratuite, parce que c’est un coût vraiment infime par rapport au coût des traitements et soins de santé pour une personne qui vit avec le VIH.»

Québec explique ne pas prévoir le remboursement à 100 % de la PrEP. Son coût de plus de 200 $ par mois est moindre que celui de la trithérapie, qui s’élève à plus de 1500 $.

L’ONUSIDA avait énoncé des objectifs pour mettre fin à la transmission du VIH d’ici 2030, ce que le Canada a endossé en 2019.

«Et si c’était votre fille?» Voilà la question posée par Dr Jean Robert aux représentants des gouvernements. Ce dernier œuvre au Dispensaire et lutte pour offrir des traitements gratuits aux personnes infectées par le VIH qui sont dans l’incapacité de se les payer.

Il faut que le système politique arrête de mépriser le communautaire, et qu’il puisse reconnaître que l’on fait ce qu’ils ne sont pas capables de faire, puisqu’on a les pieds dedans […]. Faites-nous confiance.

Dr Jean Robert, le Dispensaire

Pour le Dr Robert, les gouvernements ont besoin de sortir du «système rationnel» pour permettre l’accès universel aux traitements.

Québec sans SIDA: une «trahison» de la Ville de Montréal

Sandra Wesley, présidente de la Table des organismes montréalais de lutte contre le VIH/SIDA, se demande où est la Ville quand il est question de cet enjeu de santé publique.

«Malheureusement, ce qu’on a vu, c’est la production d’un plan d’action magnifique […], mais sans action de la Ville. La santé publique est mobilisée, le communautaire est mobilisé, dit-elle. Les éléments du plan d’action qui relèvent de la Ville n’ont pas du tout été réalisés, et on voit des actions contraires.»

Sandra Wesley explique que de nombreuses personnes vivant avec le VIH, des employés, des organismes communautaires et des communautés concernés, étaient présents lors du lancement du plan d’action de Montréal sans sida en 2018.

Les gens sont déçus de voir au fil des ans que les actions ne suivent pas […]. Quand ils nous font miroiter quelque chose de mieux, quand ils nous laissent croire qu’on sera peut-être entendu cette fois-ci, c’est pire. Les gens le vivent beaucoup comme une trahison de la part de la Ville.

Sandra Wesley, coprésidente de Montréal sans sida

«La mairesse (Plante) a signé le plan d’action, mais elle n’a pas rien fait d’autre, explique Sandra Wesley.

Le président de la Fondation québécoise du sida partage ce constat. «Elle (la mairesse) a signé Montréal sans sida, mais aucun programme n’a été établi […]. Après, c’est resté lettre morte, explique Yvan Lemieux. On veut bien être Montréal sans sida, le milieu communautaire pourrait le faire, mais on a besoin de soutien de tous gouvernements.»

La Ville se défend en expliquant avoir signé la Déclaration de Paris et dit être «un modèle mondial dans sa lutte contre le sida et contre les discriminations sous toutes ses formes».

«On a mis en œuvre un plan d’action « Montréal, Ville sans sida » qui représente une feuille de route incluant des orientations et pistes d’actions pour mettre un terme aux nouvelles infections, explique la Ville. Nous continuerons à travailler ensemble pour améliorer la qualité de vie de nos citoyens les plus vulnérables et des personnes touchées par le VIH.»

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