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Ben quoi, c't'une joke…

Quand on m’annonce qu’un gars de 22 ans a perdu la vie dans un accident de la route, je trouve ça infiniment triste. Quand j’apprends ensuite que le gars était assis sur un fauteuil et qu’il se faisait traîner sur le chemin par le camion d’un de ses chums, comme c’est arrivé samedi soir en Beauce, je trouve ça toujours aussi infiniment triste… et en même temps mauditement épais. Au moment où tout le monde peut détenir les clés du savoir et de la connaissance comme jamais auparavant dans l’histoire de l’humanité, il m’est difficile de comprendre pourquoi et comment la culture Jackass, celle qui permet n’importe quoi, a fini par prendre tant de place.

Qu’est-ce qu’on a bien pu faire – ou plutôt ne pas faire – pour se laisser glisser comme ça vers le fond du baril à conneries? C’est quoi ces histoires-là de couch-surfing, de car-surfing et autres «exploits» de l’univers extrême? C’est quoi l’idée de vouloir aller toujours plus bas pour voir où est rendu le plus profond du plus creux? D’où viennent ces comportements d’enfants inconscients du danger qui semblent maintenant animer la vie de plusieurs jeunes adultes? On a élaboré des théories sur le phénomène des «adulescents». Faudra-t-il maintenant se pencher sur le cas de «l’adulenfant»? Ou encore sur «l’adulinconséquent», puisque c’est plutôt à ça que ça ressemble?

L’affaire de la Beauce m’a rappelé un reportage qui m’avait sidéré, il y a de ça quelques années. C’était l’histoire d’un graffiteur qui avait eu le pied sectionné quand il était tombé d’un train en marche alors qu’il dessinait sur un wagon. Pas démonté une miette par la tragédie, au contraire, le gars saluait plutôt la naissance d’un nouveau mouvement artistique et l’originalité de sa démarche créatrice. Euh, pardon? Ça donne quoi de parler de sa démarche créatrice quand on y a laissé sa propre démarche tout court? 

Je me demande seulement de quoi sera faite la prochaine mode destroy. Celle qu’on filmera sur un iPhone et qu’on gommera au Panthéon des insignifiances de YouTube. Et qui donc sera le prochain qui se fera péter la tête comme un melon d’eau en voulant se taper l’ultime niaiserie?

Ce que je sais, c’est qu’au lendemain de cet autre exploit digne de mention, des chums témoigneront en disant que c’était juste pour faire une joke. Juste pour rire. C’est ça, les boys, vous êtes en plein dessus. Rire pour mourir.

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Parlant de culture trash, le film Goon : dur à cuire sera projeté sur nos écrans dès vendredi. Dans le cadre de la campagne de promo qui précède la sortie du film, on essaie de le faire passer pour une amorce de réflexion sur la violence au hockey… Or, il n’en est rien. Ce n’est qu’une sous-schnoutte gênante avec laquelle on espère faire du millage en faisant appel au pétage-de-yeule-en-sang et à la vulgarité. Point à la ligne.

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Krista Erickson, de la chaîne Sun News, celle-là même qui avait malicieusement planté la danseuse et chorégraphe Margie Gillis, en a remis cette semaine en remettant une fois de plus en question la nécessité de subventionner les arts et, conséquemment, la «rentabilité» du film Monsieur Lazhar. Juste avec ce qui va se passer cette semaine autour de l’œuvre de Philippe Falardeau, on pourra immédiatement juger de sa «rentabilité». Ensuite, on jugera de la crédibilité de la madame. Je sens qu’on va rire…

– Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.

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