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Et en avant la musique!

En vous quittant la semaine dernière, je vous ai raconté à quel point j’avais adoré Aux alentours, le nouvel album de Marie-Pierre Arthur. Au cours des dernières années, il m’est d’ailleurs arrivé très souvent de partager avec vous mes coups de cœur pour les artisans de la chanson d’ici. Les francos comme les anglos. On ne le répétera jamais assez, le Québec écrit présentement un chapitre extraordinaire de son histoire musicale. Procurez-vous cette musique les yeux fermés, vos achats d’aujourd’hui deviendront de bons placements demain, c’est garanti. Et, si vous le voulez, vous pourrez même garder les yeux fermés ensuite, car ces artistes-là, vous n’aurez peut-être même plus l’occasion de les voir bientôt. Pas à la télé en tout cas. C’est vos diffuseurs qui en ont décidé ainsi.

Avec la très prochaine disparition de l’émission Studio 12, honteusement dissimulée dans sa grille horaire trop tard le dimanche soir, Radio-Canada retirera la dernière vitrine uniquement consacrée à la diffusion de la nouvelle musique d’ici. Une erreur. Et même une tragédie. Pour les créateurs comme pour nous. 

Mais qu’est-ce qui a progressivement tué la présence de la musique sur nos ondes télé? Est-ce cette fâcheuse habitude qui remonte au  milieu des années 1980 d’avoir fait systématiquement passer les chansons à la fin des talk-shows en faisant croire – on attend encore les preuves – que la musique faisait fuir les auditoires? Ou alors, serait-ce parce que la polarisation autour de certains «gros noms» aura fini par donner des hauts le cœur? Pour avoir vu Bruno Pelletier faire l’émission Cha-ba-da à sept (oui, oui, sept…) reprises pendant la seule saison 1995-96, je peux en témoigner. Je le sais, j’y étais.
À cet égard, sachez que les choses n’ont pas vraiment changé. Rien qu’à voir l’overdose de Marc Hervieux que le petit écran nous sert depuis deux ou trois ans. Le gars a beau être sympathique comme tout, mais là…

Dans un autre ordre d’idées, depuis quelques années, il est devenu presque impossible de voir et d’entendre un artiste livrer lui-même sa propre chanson
à sa manière à la télé. Rien contre Star Académie ni les autres En direct de l’univers et Belle et bum de ce monde, au contraire, mais moi, les «duos inédits», les «collaborations exceptionnelles» ou le copinage par figure imposée en reprenant un succès d’hier, j’en ai plus que ma claque. Ça devrait être exceptionnel. C’est devenu une règle confirmée. Et mille fois plutôt qu’une. Problème…

L’autre jour, il y en a un qui a essayé de me faire avaler que l’effondrement des chaînes spécialisées MusiquePlus et Musimax au profit de YouTube et autres trucs du genre illustrait parfaitement la perte d’intérêt de l’auditeur moyen pour la musique à la télé. Peut-être qu’il y a du vrai là-dedans. Mais avant de me fier à la clairvoyance et au pif de programmateurs qui préfèrent acheter des séries mettant en vedette la fille de Hulk Hogan ou de jumelles bisexuelles en quête d’aventures cochonnes pour savoir si notre culture a encore une place à notre télé, il y a une limite que je refuse de franchir. La sclérose terminale qui afflige ces deux stations demeure pour moi une œuvre d’autosabotage totale. Triste, mais c’est ainsi.

Triste, mais jamais aussi triste que la disparition de notre chanson de nos ondes télé. On dit qu’au Québec, on a parfois le don de se tirer dans le pied. En éradiquant graduellement la présence de la musique, les télédiffuseurs nous tirent plutôt directement dans le cœur. Et ça va faire mal.

– Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.

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