L’optimisation du réseau de la santé critiquée
Une centaine de travailleurs de la santé ont manifesté devant les bureaux montréalais du ministre de la Santé, Réjean Hébert, mardi après-midi, pour contester l’«optimisation» du réseau de la santé.
Pressions, coupes et déshumanisation de la relation traitant-patient: l’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS) dénonce le recours à des firmes de service-conseil pour revoir le fonctionnement des services prodigués dans certains Centres de santé et de services sociaux (CSSS).
La porte-parole de Québec solidaire, Françoise David, a d’ailleurs déposé à l’Assemblée nationale mardi une pétition à cet effet, forte de 2500 signatures. Le document demande au gouvernement d’imposer un moratoire sur les activités d’optimisation de la santé et de faire enquête sur l’attribution de ces contrats.
Elle-même ancienne travailleuse du service de santé public, Mme David s’est dit «très inquiète de cette tendance qu’ont les gestionnaires d’utiliser des firmes privées pour optimiser le système de santé».
L’APTS met surtout en cause la firme Proaction, une compagnie de service-conseil se spécialisant, entre autres, dans l’optimisation en santé, et qui a bénéficié de contrats totalisant 15 M$ avec plusieurs CSSS. «Les projets d’optimisation de services ne viennent pas du tout régler le problème, au contraire, ils viennent détériorer le climat de travail des gens et sont un gaspillage de fonds publics, a déclaré Carolle Dubé présidente de l’APTS. Nos travailleurs ont été formés, ont une connaissance du réseau et ils savent ce qu’on doit faire pour améliorer les services. Au lieu d’embaucher des ergothérapeutes, des physiothérapeutes et des travailleurs sociaux, on embauche des firmes comme Proaction. Tout cela fait que les gens n’ont plus le goût de travailler dans le réseau.»
Mme Dubé déplore en outre les «grilles» apportées par Proaction, qui forcent les intervenants à comptabiliser le temps passé avec les patients, le tout dans le but de voir plus de patients par quart de travail. «Pour les personnes âgées, qui sont à domicile, on ne peut pas mettre en place une même méthode pour l’ensemble des patients. Les besoins sont différents», a-t-elle avancé. Elle compare la pratique à «presser le citron» des travailleurs.
«On en est à réduire le travail à sa plus simple expression, soit le travail comme dans une chaîne de montage, a remarqué Nadine Lambert, vice-présidente de la Fédération de la santé et des services sociaux. Il y a une augmentation des départs, des retraites anticipées, des réclamations à l’assurance salaire et même des accidents de travail. Quand on essaie d’aller plus vite, ça peut avoir cet effet-là.»
Pour Mona Filion, thérapeute en réadaptation physique, les effets de l’optimisation se font sentir sur le terrain. «Avec l’optimisation, on veut faire plus avec moins. On ne remplace pas les départs, et quand il y a des gens qui partent en congé de maladie, c’est les autres qui se retrouvent avec une surcharge de travail et écopent de ça», a-t-elle confié à Métro.
Ni le bureau du ministre Hébert ou Proaction n’ont retourné les appels de Métro, mardi.