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Les projets d’oléoducs fourniront un pétrole plus polluant, selon l’IRIS

Faire venir au Québec du pétrole provenant des sables bitumineux par oléoduc serait plus nuisible pour l’environnement que de continuer à importer du pétrole d’Afrique et d’Europe, avancent des chercheurs de l’Institut de recherche et d’informations socio-économiques (IRIS).

«Quand on considère l’ensemble du cycle de vie du pétrole, celui acheminé depuis les sables bitumineux d’Alberta serait 67% plus polluant que celui qu’on importe d’Algérie, notre plus grand fournisseur», évalue Renaud Gignac, co-auteur de la note économique intitulée «Projet d’oléoduc des sables bitumineux «Ligne 9B» : le Québec à l’heure des choix», dévoilée lundi.

Autant le transport que l’extraction et le raffinage du pétrole sont en cause. «Ça prend beaucoup d’énergie pour extraire le pétrole des sables bitumineux, mais aussi pour pousser le pétrole dans l’oléoduc, affirme Bertrand Schepper, co-auteur de la note. Le transport par navire-citerne est moins polluant.»

Pour les deux chercheurs, la mauvaise réputation de la compagnie Enbridge porte à croire que la sécurité son projet d’inversement de la ligne 9B, présentement à l’étude, n’est pas assurée. Enbridge est responsable de plus de 804 déversements entre 1999 et 2010, dont celui de la ligne 6b en 2010, qui a envoyé plus de 25 000 barils de pétrole dans la rivière Kalamazoo, au Michigan. «La question n’est donc pas de se demander si des déversements auront lieu, mais plutôt quand et où ils surviendront», estime M. Gignac.

Tous ces risques environnementaux seraient pris à quel profit? Un très petit, répond M. Schepper, puisque seuls 250 emplois à court terme et 100 à long terme seraient créés au Québec.

À ceux qui s’inquiètent que l’absence d’un pipeline de l’ouest vers l’est du Canada favoriserait le transport par train, M. Gignac répond qu’il n’en serait rien. «Il y a déjà une augmentation importante du transport pétrolier par train, et la présence d’un oléoduc n’aurait aucun impact là-dessus. Un goulot d’étranglement force les compagnies pétrolières à mettre en œuvre tous les moyens possibles pour transporter le pétrole vers des marchés potentiels», affirme-t-il.

Comme le projet d’inversement de la ligne 9B d’Enbridge permettrait de faire transiter 300 000 barils de pétrole par le Québec chaque jour, «on serait complice du dépassement des seuils sécuritaires de réchauffement climatique», croit M. Gignac.

Le gouvernement du Québec, qui est présentement en train d’élaborer une stratégie énergétique pour la période de 2015 à 2025, a clairement son mot à dire par rapport à ce projet, croient les deux chercheurs. «Si le Québec s’y oppose, le projet pourrait être avorté», prétend M. Gignac.

Équiterre a profité de la sortie de l’IRIS pour rappeler au gouvernement provincial qu’il s’était engagé à effectuer une étude environnementale indépendante sur le projet d’Enbridge, tel que demandé par une vingtaine de municipalités québécoises. Le gouvernement Marois a déjà affirmé que le projet d’Enbridge ferait l’objet de consultations, probablement cet automne. La première ministre a déjà souligné qu’elle voyait des avantages à faire venir du pétrole des sables bitumineux, notamment pour les raffineries québécoises, mais que son gouvernement était divisé sur la question.

L’IEDM réagit

Jean-François Minardi, auteur d’une note économique intitulée «Les avantages économiques des projets d’oléoducs vers l’est du Canada», publiée par l’Institut économique de Montréal (IEDM) le 29 août dernier, croit qu’il est faux de prétendre que les seules retombées économiques du projet d’Enbridge seront les 350 emplois créés. «Si les raffineries peuvent s’approvisionner à la fois au pétrole de l’Ouest canadien et à celui de l’importation, elles pourront obtenir les meilleurs prix et augmenter leur compétitivité», argue M. Minardi.

Il croit de plus aux vertus de l’oléoduc pour faire diminuer le transport par train. «Le transport par train s’est développé en l’absence d’oléoduc. Si on augmente de façon importante la capacité le transport de pétrole par oléoduc, celui par train sera réduit considérablement», estime M. Minardi.

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