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20:00 15 septembre 2013 | mise à jour le: 22 octobre 2013 à 22:13 temps de lecture: 6 minutes

Quel est le portrait de la consommation d’énergie au Québec?

Quel est le portrait de la consommation d’énergie au Québec?
Photo: Archives Métro

Alors que des séances de consultation publique sur les enjeux énergétiques du Québec auront lieu cette semaine à Montréal, Métro, en collaboration avec l’Institut économique de Montréal (IEDM), propose une série sur l’énergie. Cinq capsules factuelles, portant chacune sur un thème particulier, seront commentées par deux experts afin de lancer un débat qui se poursuivra sur l’internet.

L’énergie destinée à la consommation peut prendre diverses formes. Au Québec, cinq formes d’énergie sont consommées : l’électricité, le pétrole, la biomasse, le gaz naturel et le charbon. Pour pouvoir comparer la quantité de ces différentes formes d’énergie, on la mesure en tonnes d’équivalent pétrole (tep), c’est-à-dire la quantité d’énergie dégagée par la combustion d’une tonne de pétrole. En 2009, 39 millions de tep ont été consommées au Québec, soit 4,875 tep par habitant. Cela le placerait au 19e rang pour ce qui est de la consommation d’énergie par habitant.

Entre 1984 et 2009, la consommation d’énergie a augmenté de 23 %. Les Québécois figurent au deuxième rang des plus grands consommateurs d’électricité par habitant du monde, derrière l’Islande. Ils en consomment près de 50 % de plus que les autres Canadiens. Le secteur industriel consomme environ 44 % de toute l’électricité. Les industries de la fonte et de l’affinage, qui incluent par exemple les alumineries, ainsi que celle des pâtes et papiers, comptent pour une partie importante de la consommation industrielle.

Le pétrole constitue un élément crucial de la réalité énergétique du Québec, étant la deuxième forme d’énergie la plus consommée, presque à égalité avec l’électricité. Les transports comptent pour 72,9 % de la consommation, bien avant les secteurs commercial (14,4 %), industriel (8,9 %) et résidentiel (3,8 %).

En 2009, les énergies fossiles (soit le pétrole, le gaz naturel et le charbon) représentaient 52,6 % de notre consom­mation d’énergie, ce qui est plus bas que le Canada (74,4 %) et les États-Unis (84,2 %), quoi­que légèrement plus élevé que l’Europe (51,0 %). (Texte de l’IEDM)

Sources : Ministère des Ressources naturelles du Québec, Banque mondiale, Eurostat

Avis d’experts

Karel Mayrand: «Il y a encore beaucoup de gaspillage»

M. Mayrand est Directeur général pour le Québec de la Fondation David Suzuki et président de Réalité climatique Canada, un organisme fondé par Al Gore

Pourquoi les Québécois sont-ils d’aussi grands consommateurs d’énergie?
C’est surtout lié à notre grande production d’hydroélectricité, nous avons depuis très longtemps de l’électricité en abondance et à petit prix. On consomme beaucoup sans trop se soucier de l’effet sur notre portefeuille. Par ailleurs, il est intéressant de constater que le secteur industriel, afin de diminuer ses coûts de production, a réussi à réduire considérablement sa consommation d’énergie au cours des 20 dernières années. On ne constate pas le même effort du côté des ménages, qui n’ont pas réduit leur consommation, tant d’électricité que de pétrole, il y a encore beaucoup de gaspillage.

A-t-on intérêt à moins consommer?
Oui, et dès maintenant. Si on ne commence pas à se soucier de l’efficacité énergétique, d’ici 10 ans, nous devrons trouver de nouvelles sources et construire de nouvelles infrastructures pour produire de l’énergie. Cela engendrera des coûts financiers et environnementaux qui sont indésirables. En plus d’éviter ce scénario, nous pourrions utiliser dès maintenant nos surplus énergétiques pour commencer à substituer le pétrole par l’électricité. Résultat : on renforce notre indépendance énergétique et on diminue les émissions de GES.

Quelles sont les mesures à prendre pour inciter les gens à moins consommer?
Je pense notamment à créer de nouveaux paliers d’électricité. Aujourd’hui, lorsqu’on consomme plus qu’une certaine quantité de kWh, on doit payer plus. Il faut ajouter des paliers plus coûteux, afin de faire payer plus ceux qui consomment à outrance. Il faut aussi mieux isoler les bâtiments, et apprendre à baisser le chauffage lorsque nous sommes à l’extérieur. Pour diminuer notre consommation de pétrole, qui est surtout utilisé pour le transport, c’est simple… Investissons dans le transport collectif!
Propos recueillis par Daphnée Hacker-B.

 

Provenance consommation électricité

 

Germain Belzile: «Notre consommation va augmenter»

M. Belzile est Maître d’enseignement à HEC Montréal et chercheur associé à l’IEDM.

Quels sont vos constats par rapport à notre consom­mation d’énergie?
On vit dans un pays nordique, c’est normal de consommer beaucoup d’énergie pour le chauffage. Malgré cela, il y a un grand gaspillage d’électricité, puisqu’elle est offerte à un prix si bas qu’il y a des abus de toutes parts. Pour ce qui est des énergies fossiles, même si nous sommes moins dépendants du pétrole que nos voisins américains, nous ne pouvons pas nous en passer. Le pétrole sert à produire nos médicaments, le plastique, et à faire avancer nos voitures.

Notre consommation d’électricité n’ira qu’en augmentant selon vous?
Oui, car pour l’instant, ce n’est pas avantageux financièrement de faire attention. Par exemple, un électroménager éco­énergétique coûte très cher, et ne permet que de faire de petites économies de frais d’électricité. C’est le même principe pour l’isolement d’une propriété; ça ne vaut pas la peine économiquement. Si les dirigeants veulent que la population soit plus modérée avec l’électricité, il faudrait augmenter le prix, et offrir en même temps un remboursement d’impôt pour compenser. Mais nous sommes très loin d’un tel scénario.

Et pour notre consommation de pétrole, que prévoyez-vous?
Notre consommation de pétrole va augmenter, notamment parce que nous achetons de plus en plus de voitures. Tant qu’il n’existe pas de technologies de voitures électriques qui soient réellement fiables, ce sera ainsi. De plus, l’Agence internationale de l’énergie prévoit une hausse mondiale de la consommation de pétrole et de gaz naturel. Grâce à l’exploitation des gaz de schiste aux États-Unis, le gaz naturel gagne du terrain et pourrait devenir plus important que le pétrole, puisqu’il devient une ressource très abordable.
Propos recueillis par Daphnée Hacker-B.

Sujets à venir
Voici les cinq sujets qui seront abordés cette semaine.

  • Aujourd’hui : Quel est le portrait de la consommation d’énergie au Québec?
  • Demain : Quel est le portrait de la production d’énergie au Québec?
  • Mercredi : Quel est le coût des différentes sources d’énergie?
  • Jeudi : En route vers l’électrification des transports?
  • Vendredi : Allons-nous manquer de pétrole?

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