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«Enlève-le donc»

Depuis que le débat sur la charte des valeurs a été entamé, l’un des arguments qui semble le plus rallier les indécis à l’idée d’interdire le port de signes religieux est qu’il ne s’agit que de… signes religieux.

Or, ça fait longtemps qu’on a compris qu’il n’est nul besoin de rincer nos péchés à l’eau bénite ou d’égrainer un chapelet pour éviter l’enfer de justesse. La spiritualité, au pire, c’est dans la tête, qu’on se dit. Difficile à croire, pour nous simples mécréants, qu’un bout de tissu puisse revêtir autant d’importance. Qu’il soit inscrit dans l’identité comme un nom, comme une partie de soi et comme un choix éminemment personnel. C’est pourquoi certains le comparent à une épinglette du PQ ou, dans les cas les plus tenaces de mauvaise foi, à la casquette que ton prof te demande d’enlever avant d’entrer en classe. «Enlevez-le donc», qu’on se dit, balayant d’un seul trait tout ce que cette demande peut comporter.

Quand on veut expliquer l’inégalité qui persiste entre les homosexuels et les hétérosexuels au niveau des perceptions, on évoque souvent l’image de ce directeur d’école dont le bureau est orné d’une photo de lui, de son conjoint, et de leur petite fille. Fait-il du prosélytisme? Essaie-t-il de dire que l’homosexualité, c’est mieux? Non. Il ne fait que se prévaloir de son droit d’être ce qu’il est au même titre que ses collègues hétérosexuels qui tiennent eux aussi à avoir un portrait de leur famille près d’eux au travail. Un collègue inconfortable pourrait lui dire «enlève-la donc, c’est rien qu’une photo et ça envoie un drôle de message aux parents». Mais ça enverrait quel message de la retirer? Ça dirait qu’on accepte de se soumettre à l’idée que notre homosexualité est dérangeante. Parce que religion et orientation sexuelle sont des enjeux complètement différents, la comparaison s’arrête là. Tout ce que je veux dire, c’est que ce n’est pas aussi simple que «enlève-le donc».

Étant férocement athée, je comprends l’importance d’avoir un État laïc. Ces symboles ne sont pas neutres, nous dit-on, et les porter envoie un message. Si les foulards envoient un message, les lois aussi. Mais les lois, en plus, ont des conséquences. Dans ce débat délicat, il faut peser toutes les répercussions que cette charte pourrait avoir. Et même si on considérait les signes religieux réellement problématiques, pour une raison ou une autre, les conséquences potentielles de leur interdiction – la barrière à l’emploi et le risque de repli des minorités, pour ne nommer que celles-là –, sont démesurées par rapport à la menace qu’ils posent réellement à la neutralité religieuse de l’État. Surtout quand au final, l’État ne sera pas si neutre apparemment.

Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.

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