Soutenez

L’industrie du ruban rose, deux ans plus tard

En 2011, le documentaire engagé L’industrie du ruban rose jetait un pavé dans la mare. Où vont réellement les millions de dollars ramassés au profit de la lutte contre le cancer du sein aux États-Unis et au Canada, et à quoi servent-ils? Deux ans après sa présentation au Festival international du film de Toronto, ce documentaire de Léa Pool a donné lieu à près de 600 articles et a été présenté aussi loin qu’en Corée, au Japon, en Afrique du Sud, à Paris et à Londres. A-t-il permis de changer les choses? Entrevues croisées avec la productrice de l’ONF à l’origine du projet, Ravida Din, et la porte-parole de la Fondation du cancer du sein du Québec, Anne-Sophie Hamel.

Entrevue avec Ravida Din

Pouvez-vous nous rappeler ce dont traitait le documentaire?
Le film se penche sur le rôle des grandes corporations dans le financement de la recherche sur la maladie. Des milliards sont collectés pour cette cause, mais ils vont surtout à la recherche de traitements pharmaceutiques et peu à la prévention et à la recherche sur les causes du cancer. Le film dénonce aussi l’hypocrisie des grosses entreprises de cosmétiques et des constructeurs automobiles, qui se font une énorme publicité en participant à ces campagnes, alors qu’elles contribuent par leurs produits à la propagation du cancer.

La façon dont les dons sont répartis a-t-elle changé?
Malgré nos recherches, on a eu beaucoup de difficulté à savoir comment l’argent est dépensé. Les centaines d’organisations qui récoltent des fonds ne coordonnent pas leurs efforts, et il y a une redondance dans les recherches. On sait aussi que très peu de fonds vont en amont pour essayer de déterminer quels sont les facteurs environnementaux liés à l’apparition du cancer du sein. Les campagnes de financement continuent de miser sur la promotion de l’éducation, de la recherche de traitements pharmaceu­tiques, et misent sur la mam­mogra­phie. Beaucoup de femmes vous le diront : «Nous n’avons pas besoin de plus de sensibilisation, nous avons besoin de plus de prévention.» Ainsi, en 1940, les risques de souffrir d’un cancer du sein étaient de un sur 22. Aujourd’hui, ils sont de un sur 7. Pourquoi?

Le documentaire a-t-il changé les façons de faire?
Je ne crois pas qu’un film puisse avoir un impact sur des fondations de cette taille. Mais il a permis avec succès de lancer le débat. On a fait une étude auprès de 230 personnes qui avaient vu le documentaire. Avant la projection, 62% déclaraient qu’elles se posaient des questions sur l’éthique des campagnes du ruban rose. À la sortie, c’était 94%. Le film ne dit pas d’arrêter de donner ou de participer, mais de mieux se renseigner et ça ne s’applique pas qu’au cas du cancer du sein. On croit beaucoup à la sensibilisation, d’ailleurs en octobre, le documentaire va être reformaté pour servir de base de discussion aux professeurs dans les écoles secondaires.

Entrevue avec Anne-Sophie Hamel

Comment le film a-t-il été reçu dans votre fondation?
C’est un documentaire qui a beaucoup fait parler. Il soulève des points très intéressants, comme le fait que la recherche sur les causes du cancer doit être plus développée. Cela dit, il témoigne d’un phénomène très américain. On a voulu montrer qu’au Québec, des organismes agissent de façon respectueuse.

Un des reproches faits aux fondations liées au ruban rose, c’est le manque de transparence. Comment utilisez-vous vos fonds?
Au total, 12 % vont à l’administration de la Fondation, 18 % aux collectes de fonds, et tout le reste est distribué pour le soutien, l’éducation et la recherche. Les projets de recherche sont soumis à une évaluation rigoureuse : ils sont évalués par un comité d’experts indépendants piloté par la Société de recherche sur le cancer. Si l’on finance moins la recherche sur les causes du cancer du sein, c’est qu’on reçoit moins de demandes par rapport aux autres catégories.

Les liens financiers des fondations avec certaines entreprises aux activités polluantes ont été dénoncés. Avez-vous remis en cause votre alliance avec Ultramar, par exemple?
Ultramar est un partenaire important qui nous a versé plus de 1 M$ depuis 2008, ce qui nous permet d’offrir des services aux femmes. La science n’a pas encore établi de lien direct entre le cancer du sein et le pétrole.

Qu’est-ce qui a changé depuis le film?
Les gens s’informent davantage pour savoir quels sont les produits roses qui sont endossés par notre Fondation. C’est une répercussion très positive du film. Les gens se questionnent et veulent s’assurer que leur don fait par le biais d’un achat va réellement vers un organisme de confiance et que celui-ci sera bien investi. Pour nous, la transparence demeure un élément essentiel quand il est question de collecte de fonds

Articles récents du même sujet

Mon
Métro

Découvrez nos infolettres !

Le meilleur moyen de rester brancher sur les nouvelles de Montréal et votre quartier.