Le gouvernement du Québec doit-il payer pour restaurer nos églises?
Métro, en collaboration avec l’Institut du Nouveau Monde, poursuit sa rubrique Le Québec en questions. Chaque lundi, on vous invite à participer à une discussion autour d’un thème précis. Dans le journal, trois personnalités et des jeunes ont entamé le débat. Sur le web, il se prolonge avec leurs réponses complètes et vos réactions.
Le gouvernement du Québec doit-il payer pour restaurer nos églises?
Chaque année, des centaines de touristes débarquent à Montréal et ailleurs au Québec pour faire la tournée… de notre patrimoine religieux. De l’oratoire Saint-Joseph à la basilique Sainte-Anne-de-Beaupré, en passant par l’abbaye de Saint-Benoît-du-Lac, les lieux de culte représentent sans contredit un joyau de notre culture.
D’un autre côté, la vocation première de ces lieux se perd. La fréquentation des églises est en déclin au Québec et plusieurs doivent fermer et changer de vocation. Projets de condos, transformation en salle de spectacle ou en bibliothèque, le patrimoine religieux est en mutation.
Et ça ne date pas d’hier. Le clocher de l’UQAM, par exemple, était celui de l’église Saint-Jacques, cathédrale de la ville jusqu’en 1852 et église officielle de l’Expo 67. Québec classe l’établissement monument historique en 1973, deux ans avant qu’on ne la démolisse pour la construction du pavillon Judith-Jasmin. On réussit à préserver la façade et à l’intégrer à la construction.
Investissement primordial?
Le patrimoine religieux vieillit et les églises demeurent des musées publics pour les Québécois. La restauration de l’église Saint James, cachée pendant 80 ans par des bâtiments commerciaux sur la rue Sainte-Catherine, a coûté 10 M$, mais a changé la face de ce tronçon de l’artère montréalaise.
Le programme d’aide de Québec est en place depuis 1995. Ce qui a permis la sauvegarde de plusieurs institutions. En vertu de l’entente provinciale sur l’utilisation des églises, la corporation épiscopale ou la fabrique doit, un an avant de fermer une église au culte et avec l’autorisation de l’évêque, faire connaître sa décision à la population, qui dispose alors d’un délai pour proposer un nouvel usage du bâtiment. Alors, est-ce le rôle de l’État de payer pour restaurer nos églises?
Trois personnalités se prononcent

Christine St-Pierre
Ministre québécoise de la Culture, des Communications et de la Condition féminine
«De l’ensemble du patrimoine culturel québécois, les édifices religieux constituent sans aucun doute la part la plus importante et nous avons la responsabilité de maintenir nos efforts en vue de conserver et de mettre en valeur ces biens patrimoniaux.
Le Ministère de la Culture, des Communications et de la Condition féminine intervient en patrimoine sur des édifices ou sur des immeubles ayant une valeur patrimoniale significative au plan national qui inclut le patrimoine religieux. À la suite d’un inventaire de 1682 lieux de culte réalisé en 2004, plus du tiers des bâtiments religieux construits avant 1945, se sont vu attribuer une valeur incontournable, exceptionnelle ou supérieure selon une échelle établie par le Conseil du patrimoine religieux. C’est sur ces derniers éléments que le ministère agit.
Les lieux de culte sont aussi très chargés en art. Plusieurs artistes, artisans et architectes ont contribué à en faire des lieux exceptionnels et dont la valeur artistique est inestimable.
Le MCCCF intervient sur les biens religieux du Québec par le biais du Conseil du patrimoine religieux du Québec ( 221,4 M$ versé depuis 1995. À cela s’ajoute un montant de 100,6 M$ provenant des partenaires). Ces montants sont versés par le programme d’Aide des immobilisations et ces fonds proviennent du Plan québécois des infrastructures.»

Cardinal Jean-Claude Turcotte
Archevêque de Montréal
«À cette question, je réponds oui, sans hésiter. Nos ancêtres ont traversé les océans pour bâtir un nouveau pays. Dotés d’un courage admirable et portés par une foi profonde, ils ont fondé des villages et des villes au centre desquels ils ont bâti des églises toutes plus jolies les unes que les autres.
Plusieurs de ces bâtiments ont une valeur patrimoniale indéniable. Ils sont le résultat du travail remarquable de nombreux artisans de talent, architectes, peintres, sculpteurs et décorateurs, dont la réputation s’est souvent étendue bien au-delà de nos frontières.
Pendant longtemps, ces temples ont été le lieu de rassemblement hebdomadaire de milliers de personnes. Ils faisaient la fierté de nos villes. N’a-t-on pas surnommé Montréal : la ville aux cents clochers? Plusieurs églises sont maintenant sous-utilisées et il serait inadmissible de les laisser se détériorer et, peut-être, disparaître.
C’est la responsabilité de l’État de collaborer avec les Églises afin de trouver un nouvel usage à ces bâtiments qui constituent une part importante de notre patrimoine national. Ce sont les châteaux de nos pères.»

Dinu Bumbaru
Directeur des politiques à Héritage Montréal
«Nos églises sont nos châteaux! disait une ministre lors d’un discours dans la magnifique église du Très Saint-Nom de Jésus dans le quartier Maisonneuve, aujourd’hui fermée et en vente. À bien des égards, nos lieux de culte sont un patrimoine collectif et communautaire fruit du travail et des meilleurs talents artistiques. Leurs bâtisseurs ont donné à nos quartiers, villes et villages des édifices, des Å“uvres d’art et des aménagements remarquables qu’on ne serait plus capable de réaliser en 2009.
Ce patrimoine est précieux et participe à l’identité de notre paysage culturel. Sa conservation et sa transmission aux générations futures pose cependant des défis très particuliers tant au plan de l’usage que de l’entretien ou de la restauration des bâtiments. Pour les lieux de culte comme pour n’importe quel autre bien patrimonial d’intérêt collectif, il est alors pertinent que la collectivité par ses institutions, contribue notamment au plan financier pour assurer que les restaurations respectent cette valeur patrimoniale et bénéficient des savoir-faire nécessaire.
Par contre, pour Héritage Montréal, il est tout aussi pertinent que les décisions touchant ce patrimoine reposent sur des principes établis avec la population et non pas négociés en privé. Sans brimer les droits des propriétaires, il importe de se rappeler que ces églises ont été bâties par et pour la communauté et que ce sont elles autant que les institutions et les gouvernements, qui seront garantes de son avenir.»
L’avis des jeunes
- Andrée-Anne Lavigne
22 ans, journaliste et archiviste
«Vu la baisse d’intéret des Québécois envers la religion catholique, je ne crois pas que Québec devrait investir de l’argent pour restaurer les Églises. Malgré leur caractère historique, je crois qu’il vaut mieux pour le gouvernement, d’investir dans d’autres sphères sociales et de prioriser des projets qui pourraient rejoindre et unifier les Québécois autour d’un autre enjeu que celui de la religion.»
- Suzanne Asselin
23 ans, étudiante
«Il est primordial qu’une société investisse dans la préservation de son patrimoine. Les églises sont des monuments inhérents à la culture québécoise. Ces symboles doivent être préservés pour comprendre le passé, et surtout ne pas l’oublier. En cas d’investissement pour la sauvegarde des églises, il serait intéressant d’en revoir leur emploi. De nouvelles utilisations pourraient être envisagées, sans toutefois écarter leur caractère public.»