Inventaire québécois 2007 des émissions de gaz à effet de serre: une première hausse depuis 2002
Le gouvernement Charest a échoué, en 2007, dans sa tentative de réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) de la province. La hausse de 3,7 %, la première observée depuis 2002, a déçu les experts.
Le Québec a émis, pendant l’année 2007, 88,3 mégatonnes (Mt), soit 3,6 Mt de plus qu’au cours de l’année précédente. Malgré cette hausse, la province a maintenu le plus faible taux de GES par habitant au Canada, soit 11,5 tonnes. La moyenne canadienne se situe quant à elle à 22,7 tonnes.
«Je suis déçu de voir qu’on n’a pas progressé plus que ça, a commenté Karel Mayrand, directeur général pour le Québec de la Fondation David Suzuki. Le Québec fait des efforts pour lutter contre les gaz à effet de serre, et malgré ça, on recule. Ça vient peut-être prouver qu’on devra être encore plus agressif qu’on ne l’est déjà.»
Les causes
Le ministère de l’Environnement a identifié trois raisons principales expliquant la hausse des émissions de GES en 2007.
Une utilisation accrue de la centrale au gaz de Bécancour a contribué à l’émission de 1,7 Mt de GES. Un besoin accru en chauffage en raison des froids intenses de l’hiver 2007 a entraîné une hausse de 0,9 % des émissions.
Enfin, l’accroissement du secteur des transports a fait bondir ses émissions de 2,1 Mt. «Il y a des facteurs conjoncturels qu’on ne devrait pas revoir, mais le transport est un problème structurel inquiétant, a expliqué M. Mayrand. Le transport, c’est comme nos sables bitumineux. Il faut travailler là-dessus, sinon, on va frapper un mur.»
Changer les priorités
André Bélisle, président de l’Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique, a précisé qu’un million de nouveaux véhicules avaient pris d’assaut les routes du Québec depuis dix ans. «Il est temps de revoir nos priorités et d’investir autant d’argent dans le transport en commun que dans les routes», a-t-il souligné.
Steven Guilbeault, coordonnateur général adjoint d’Équiterre, a abondé dans le même sens.
«Le gouvernement devra accroître les incitatifs aux alternatives à la voiture solo en milieu urbain et revoir la Loi sur l’aménagement et l’urbanisme pour stopper l’étalement urbain, a-t-il indiqué. Le Québec devra aussi miser sur un plan de réduction de notre dépendance aux combustibles fossiles et sortir le mazout des secteurs résidentiels, institutionnels et industriels.»
La ministre de l’Environnement, Line Beauchamp, a cependant refusé de céder à la panique. «Il n’y a pas lieu d’être alarmiste, a-t-elle déclaré par voie de communiqué. La mise en Å“uvre du plan d’action sur les changements climatiques n’a débuté qu’en 2007. Les effets positifs des actions devraient se faire sentir à compter de 2008.»
Publication en douce
Le ministère de l’Environnement a dévoilé sans tambour ni trompette, lundi en soirée, son Inventaire pour 2007. Cette façon de faire a étonné le président de l’Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique, André Bélisle. «Ce dossier est important. Tout devrait être transparent, a-t-il estimé. Cette fois, ça n’a pas été le cas du tout.»
Karel Mayrand, directeur général pour le Québec de la Fondation David Suzuki, s’est toutefois consolé. «C’est moins pire que Jim Prentice [le ministre fédéral de l’environnement] qui a dévoilé le bilan du Canada pendant la fin de semaine!»