Le bâillon attise la colère
MONTRÉAL – Daniel Boucher a chanté lundi soir au grand spectacle de la
coalition contre la loi 103 parce que pour lui, « la langue c’est
viscéral » et qu’il est « nécessaire » de s’en occuper.
Selon les estimations avancées lundi soir, quelque 2000 opposants à
cette loi sur les écoles passerelles ont protesté de façon festive, lors
d’une « manifestation-spectacle » où chansons et prises de parole
s’entremêlent.
Les organisateurs espéraient « la plus importante manifestation pour le
français depuis 20 ans » devant les bureaux montréalais du premier
ministre, à l’angle de Sherbrooke et McGill College, au centre-ville de
Montréal.
En entrevue quelques heures avant de monter sur scène, Daniel Boucher
engagé a expliqué pourquoi, à ses yeux, il était « évident » qu’il lui
fallait prendre part à un tel rassemblement pour la défense du français.
« Qu’on soit artiste ou peu importe le métier qu’on fait, au-delà de ça,
on est des citoyens du Québec. Et il faut qu’on se mêle de nos choses et
il faut qu’on s’implique dans le fonctionnement de notre société »,
explique Daniel Boucher.
« Pour moi, c’est viscéral; la langue, c’est vital. Moi, à Montréal,
quand j’ai de la difficulté à me faire parler dans ma langue, je n’aime
pas ça. Je ne comprends pas encore qu’en 2010 au Québec, il y a des gens
qui vivent ici sans parler le français. Je ne comprends pas ça et ça me
dérange beaucoup », confie-t-il.
Et la loi sur les écoles passerelles qui permettra de contourner les
dispositions de la Charte de la langue française sur l’enseignement dans
la langue de la majorité n’est qu’un épisode de plus, à ses yeux, dans
une longue saga pour la défense du fait français.
« La Loi 103, c’est une goutte d’eau dans la piscine olympique du
problème de la langue au Québec. C’est juste un épisode de plus. Oui, il
y a une loi, oui, il va peut-être y avoir un bâillon, oui, on n’est pas
content, OK, mais au-delà de ça, le problème va demeurer au Québec,
tant et aussi longtemps qu’on n’aura pas clairement dit ‘il y aura une
langue de fonctionnement; il faut que ce soit le français’. Il faut que
chaque personne qui vit ici soit capable de fonctionner en français. À
partir de ce moment-là, le problème de la langue, il est réglé », martèle
Daniel Boucher.
Organisateurs et Marois
Du côté des organisateurs, Mario Beaulieu, de la Société
Saint-Jean-Baptiste de Montréal, dénonce le bâillon pour clore le débat
sur une question aussi fondamentale que la langue. « M. Charest, Mme
St-Pierre, les libéraux peuvent bâillonner l’opposition à l’Assemblée
nationale, mais ils ne peuvent pas bâillonner la population. »
« Je pense que la société québécoise dans son ensemble a dormi pendant
très longtemps, mais elle est en train de se réveiller. Et ce sont des
lendemains qui déchantent. On n’a pas le choix: il faut se mobiliser. On
ne peut pas reculer davantage à Montréal sans mettre en péril le
français dans l’ensemble du Québec », croit M. Beaulieu.
La coalition affirme que le projet de loi permettra aux plus riches de
contourner la Charte de la langue française, en leur accordant le droit
de fréquenter l’école anglaise publique, subventionnée par les deniers
publics, si leur enfant a fréquenté l’école anglaise privée non
subventionnée pendant trois ans.
À son tour, la chef de l’Opposition officielle à l’Assemblée nationale,
Pauline Marois, a salué cette mobilisation, rappelant que 3000 personnes
s’étaient rassemblées sur cette même question il y a quelques mois à
Montréal.
« Il y a une question fondamentale qui est en cause ici, c’est le respect
et la défense de notre langue. Nous sommes une société minoritaire en
Amérique, deux pour cent de parlants français dans une mer anglophone.
Et tout ce qui vient nous fragiliser nous fait reculer. Et actuellement,
ce que ne fait pas notre gouvernement nous fragilise, ou ce qu’il
propose va dans ce sens-là », a opiné Mme Marois.
Outre Daniel Boucher, le grand spectacle de lundi soir a réuni les
Julien Poulin, Claude Gauthier et l’écrivain Yves Beauchemin, en plus du
président de l’Union des artistes, Raymond Legault, et des
représentants des associations étudiantes, des syndicats, de groupes
sociaux et de partis politiques.