Vents changeants
La semaine dernière, tout semblait baigner dans l’huile pour les conservateurs. La machine à rumeur électorale s’affolait après l’annonce de la date du budget fédéral le 22 mars. Les sondages pouvaient laisser croire que tous les scénarios étaient possibles, même un gouvernement majoritaire. Dans la perspective conservatrice, tout allait pour le mieux.
Cette semaine, le vent a changé de direction. Il souffle de face. La confusion des genres a obligé le ministre de l’Immigration, Jason Kenney, à s’excuser en Chambre. Le jugement sur le «in and out» portant sur le financement de la campagne électorale de 2006 a continué de hanter le gouvernement. Pour couronner le tout, le président de la Chambre des communes, Peter Milliken, a statué sur deux motions de l’opposition. Sa décision est cinglante : le gouvernement a retenu de l’information dans le dossier de l’acquisition des F-35 et sur l’incidence financière des projets de loi sur la criminalité. Puis, à la suite de ses tergiversations en Chambre, Bev Oda devra s’expliquer. Elle est passible d’outrage au parlement.
Chaque fois que les conservateurs ont le vent dans les voiles, ils parviennent à se mettre eux-mêmes dans des situations périlleuses. Reste à savoir si l’addition des fautes rendra l’électorat méfiant. Pour l’instant, seule la performance de l’économie canadienne semble faire la différence. Bref, la population évalue le gouvernement en fonction de sa capacité à livrer les résultats au quotidien.
Pour Michael Ignatieff, les nouvelles ne sont pas nécessairement meilleures. Le malheur des uns ne fait pas nécessairement le bonheur des autres. Les chiffres confirment que le message ne passe pas. Il a beau tenter de mettre en lumière les bourdes conservatrices, il peine à changer le cours des choses. Résolu à une campagne électorale, il devra croiser le fer avec des opposants aguerris, lui qui en sera à sa première élection.
Au Québec, Gilles Duceppe est en excellente position. Homme d’expérience, il place ses pions un a un. Il décime le NPD en recrutant des candidats et conserve sa position de défenseur des intérêts du Québec en reprenant à son compte les demandes de l’Assemblée nationale. Au-dessus de ses affaires, l’échéance électorale ne le trouble nullement. Il espère même faire des gains à Québec en appuyant le financement public d’un nouveau Colisée…
Dans les prochains jours, tout reposera sur le NPD. De retour cette semaine de l’hôpital, Jack Layton devra prendre position rapidement. C’est lui qui
décidera de quel côté soufflera le vent.
– Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.