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13:26 12 décembre 2013 | mise à jour le: 12 décembre 2013 à 21:38 temps de lecture: 5 minutes

101 personnalités dénoncent la francophobie

101 personnalités dénoncent la francophobie
Photo: Archives Métro

La Société Saint-Jean Baptiste de Montréal (SSJB) a lancé jeudi sa déclaration «Uni-e-s contre la francophobie», avec l’appui de 101 personnalités, qui dénoncent les cas d’injures contre les francophones du Québec.

Bernard Landry, Sophie Stanké, Normand Lester, Pierre Curzi et Julie Snyder sont parmi les signataires de cette déclaration. «Les indépendantistes, les francophones, les francophiles, le Québec français au grand complet sont qualifiés d’intolérants, sinon de racistes dans plusieurs médias anglophones au Québec et au Canada, y compris dans certains médias francophones», mentionne la déclaration.

Au total, une centaine d’articles ou pages web diabolisant les francophones du Québec ont été compilés dans le cadre de cette campagne, selon le président de la SSJB, Mario Beaulieu. Parmi les extraits que l’organisme dit avoir recensés dans les journaux anglophones du pays, on retrouve notamment des segments tels qu’«il faut dénoncer l’étroitesse d’esprit du Québec», «toutes les provinces ont leurs lots de rednecks, mais dans aucune autre province on ne les nomme leaders des principaux partis politiques», ou «le Québec prévoit un nettoyage ethnique moins le sang».

«On ne dit pas qu’il y a plus de racisme au Québec qu’ailleurs, mais il y a des limites à se faire culpabiliser. Ce n’est pas en se diabolisant mutuellement qu’on va arriver à des solutions», précise M. Beaulieu.

Dans son communiqué, la SSJB fustige également les allusions au nazisme dont on fait l’objet certains groupes militants «depuis que le Parti québécois parle de bonifier la Charte de la langue française. L’organisme a notamment rappelé l’existence d’une page Facebook illustrant la première ministre avec les traits d’Adolf Hitler.

Selon l’ancien premier ministre du Québec, Bernard Landry, cette campagne est mise sur pied alors que la province vit une augmentation de ces cas d’injures envers les francophones. «Il y a une accélération, hélas. Quand Pauline Marois a été élue, on a vu le mot «nazi» partout. C’est invraisemblable. Il faut être d’une ignorance crasse et d’une méchanceté spectaculaire pour dire des choses comme ça», a-t-il affirmé.

M. Beaulieu reconnaît que le dévoilement de la Charte des valeurs québécoises a créé un regain de francophobie dans la province. «Qu’on soit pour ou contre la charte, se faire taxer collectivement d’être raciste, c’est inacceptable», soutient le président de la SSJB. Il ajoute que le gouvernement péquiste devrait répliquer davantage à ces propos. «Je pense qu’au PQ, les gens restent beaucoup trop silencieux, ce qui légitimise cette “québecophobie”», estime M. Beaulieu.

La radio montréalaise anglophone CJAD a notamment été critiquée par Éric Bouchard, responsable de Partenaire pour un Québec français, jeudi en conférence de presse. Ce dernier a blâmé la radio pour des commentaires francophobes «de racisme usuel» tenus par des auditeurs sur leur site web.

Le directeur de la programmation de CJAD, Chris Bury, a tenu à défendre son média, refusant d’être vu comme une radio désobligeante à l’égard des francophones. «Je suis très surpris. C’est très loin de la réalité. Nous sommes très ouverts à la communauté francophone. En plus d’être dans une salle de nouvelles bilingue [avec les journalistes de Rouge FM], nous diffusons souvent des extraits de conférence de presse francophone sans les traduire», avance-t-il.

Il estime que la SSJB a une perception erronée des médias anglophones. «J’ai même appelé M. Beaulieu cet après-midi pour l’inviter à prendre un café au courant de la prochaine année, et il a accepté. Je ne comprends pas la critique, et j’aimerais lui en parler en face à face. Nous sommes en 2013, nous sommes une station bilingue, il faut qu’il s’en rende compte», poursuit M. Bury.

Au sujet de leur politique web, le directeur affirme que tous les commentaires émis sur le site doivent préalablement être approuvés. «Pour la page Facebook, c’est toutefois plus difficile de faire la police en tout temps. On regarde la page le plus souvent possible, mais c’est possible que certains commentaires haineux restent quelques heures avant qu’on ne le voit. Mais on travaille durement pour être certain qu’il n’y ait pas de commentaires offensifs», affirme M. Bury.

Éric Latour, directeur de l’information pour les radios de Bell Média, dont fait partie CJAD, est revenu sur la diffusion à CJAD de l’entrevue avec Richard Bain, auteur de l’attentat du Métropolis. «Dans la salle de nouvelles, il y avait des journalistes francophones et anglophones. C’était les anglophones qui étaient les plus réticents à diffuser les extraits, de peur de se faire accuser de Québec bashing», affirme M. Latour. Pour lui, le débat sur la langue n’est plus aussi sensible pour les anglophones de moins de 45 ans que ne l’était pour leurs parents.

La Société Saint-Jean Baptiste de Montréal invite la population à signer la déclaration sur le site www.francophobie.org. Elle fera également une tournée au Québec et à l’extérieur pour faire la promotion de leur déclaration.