Gaz de schiste: la parole aux citoyens
Le documentaire 20 000 puits sous les terres, présenté jeudi en primeur à Montréal, donne la parole aux citoyens victimes de l’exploration du gaz de schiste dans la vallée du Saint-Laurent.
La dizaine de citoyens interrogés soulèvent des problèmes «invivables» d’odeur, de bruit et de dévaluation foncière. Ils s’inquiètent en outre d’une possible contamination des eaux et de risques pour la santé des humains et des animaux.
Les réalisatrices du documentaire, l’anthropologue Luce Cloutier et la comédienne France Mercille, souhaitaient investir les «impacts humains» de l’exploration du gaz de schiste. Les deux femmes impliquées dans la protestation citoyenne dans la vallée du Saint-Laurent ont interrogé des personnes souvent démunies et mal informées face aux activités minières à quelques centaines de mètres de leur terrain. «C’est un vol de territoire, s’indigne France Mercille. Ce qui m’écoeure, c’est que tout s’est fait par en dessous, sans que personne ne soit au courant de rien.»
Une des victimes qui apparaît dans le documentaire, Luce Savard, a fondu en larmes à la suite de la projection du film. «Ça vient me chercher, à chaque fois que je vois le documentaire, la colère monte en moi, s’est-elle confiée. On a peur qu’ils reviennent, que tout recommence.» Mme Savard s’est vue refuser un permis d’exploitation d’un parc animalier à la suite de l’implantation d’une entreprise d’exploration à 600 mètres de chez elle.
L’humoriste Christian Vannasse, conseiller municipal de Saint-Jude, était aussi présent lors du lancement pour rappeler la complexité du dossier pour les élus. Il s’est inquiété d’une rupture du tissu social dans les villages touchés par l’exploration. M. Vanasse craint également que des dépenses imprévues affectent les municipalités. «Les routes qui vont être fissurées par le transport lourd, les passages à niveau qui vont être construits pour le passage des camions, la formation des pompiers pour réagir en cas de sinistre, ce sont des coûts qui vont être refilés aux contribuables», a-t-il déploré.
31 puits
Il existe présentement 31 puits d’exploration au Québec. Un rapport du ministère des Ressources naturelles, publié en 2011, révélait que 19 d’entre eux laissaient échapper des émanations de gaz naturel. Quatre des six puits de Canbriam présentaient des fuites.