Bilan de santé du porte-monnaie des Québécois
Alors que les achats du temps des Fêtes ne sont toujours pas terminés pour certains, l’Union des consommateurs (UC) dresse un bilan nuancé de 2013 quant aux gains pour la protection du consommateur. Le domaine de la téléphonie cellulaire, notamment, a fait bonne figure, ayant offert cette année de nouvelles dispositions avantageuses pour les clients. Mais l’UC reste sur sa faim. Des dossiers épineux pour les Québécois, comme les tarifs d’Hydro-Québec et la modernisation de la Loi sur la protection des consommateurs, resteront encore dans la mire de l’organisme pour les mois à venir.
Téléphone mobile
Le nouveau code obligatoire sur les services sans fil a été mis en place en juin dernier par le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC). Cette nouvelle disposition exige notamment des compagnies de téléphonie mobile le plafonnement des frais de données et d’itinérance [à l’étranger] pour éviter les factures surprises salées. Après 100$ de frais, les entreprises sont tenues d’envoyer un message texte aux consommateurs pour les informer de la situation. C’est ensuite au choix du client de poursuivre sa consommation de données en itinérance s’il le désire, mentionne Philippe Viel, responsable des communications à l’Union des consommateurs.
«On ne s’est pas attaqué au coeur du problème, c’est-à-dire les tarifs d’utilisation. Oui, les gens vont savoir combien ça leur coute, mais le prix du mégaoctet restera très dispendieux», déplore M. Viel.
L’UC espère également voir le déploiement de cette nouvelle pratique pour les autres utilisations du téléphone cellulaire afin d’informer le client à quel montant d’utilisation il en est au courant du mois.
«On pourrait demander aux compagnies, avec l’accord du consommateur, d’indiquer si le client est rendu à 50 ou 60$ d’utilisation du forfait mobile à l’aide de différentes annonces à ce sujet par message texte», propose M. Viel.
L’organisme espère de plus que les compagnies de téléphonie normaliseront les informations transmises au client pour qu’il puisse faire un choix plus éclairé avant la signature du contrat, en plus de les vulgariser davantage.
Hydro-Québec
La Régie de l’énergie entend actuellement les arguments d’Hydro-Québec pour justifier sa demande de hausse tarifaire de 5,8 %. Si elle est acceptée, les modifications seront effectives dès le 1er avril 2014. «Le gouvernement a décidé d’utiliser Hydro-Québec comme une vache à lait», fustige M. Viel, qui continuera de travailler sur ce «gros dossier», même après plusieurs sorties pour critiquer cette hausse au cours de 2013.
Cette hausse aura un impact notable sur les ménages à faibles revenus, soutient le porte-parole, ajoutant que dans les logements mal isolés, la facture risque de grimper considérablement.
La solution résiderait davantage dans l’imposition progressive que la facturation directe, selon l’organisme. L’UC propose d’ajouter 5 ou 6 paliers d’imposition tout en coupant la tarification. «Le citoyen qui a plus de moyens paiera par ses impôts l’utilisation des services d’Hydro-Québec. Celui qui a moins d’argent ne verra pas sa facture monter», indique M. Viel.
Loi sur la protection des consommateurs
Le niveau d’endettement des Canadiens est actuellement de 165%, sans compter les hypothèques, affirme Philippe Viel. «70% des citoyens réussissent à payer leur carte de crédit à temps, mais pour plusieurs, ça reste compliqué et ils peuvent être entrainés dans une spirale. Certains vont jusqu’à se procurer une nouvelle carte de crédit pour payer leur première», soutient-il.
L’Union des consommateurs demande à ce que le gouvernement s’attaque aux taux d’intérêt des cartes de crédit en y imposant un plafond, en plus de mettre en place des mesures plus strictes pour l’octroi de ces cartes. «Si on me sollicite sans cesse par la poste en m’offrant une nouvelle carte de crédit sans prendre en compte ma capacité de dépenser, il y a un problème», avance M. Viel.
L’ancien gouvernement libéral avait déjà entrepris une «phase 3» de la modernisation de la Loi sur la protection des consommateurs, mais après leur défaite en septembre 2012, le projet est mort au feuilleton.
La «phase 4» par le gouvernement péquiste est en court, mais l’UC espère que le ministre de la Justice accélère les procédures.
Perspective 2014 : la vie privée
Actuellement, lors de l’utilisation de notre téléphone sans fil, et même de notre télévision, Bell Canada peut récupérer l’information sur l’utilisation de ces appareils, et les revendre pour des fins marketing, affirme Phillipe Viel. Rogers se permet aussi cette pratique, mais offre à ses clients l’option de se retirer de leur liste.
«Avec l’histoire d’Edward Snowdon, des agences gouvernementales qui espionnent les citoyens, on mélange différents contextes et le tout peut devenir explosif. Ce n’est même pas paranoïaque de craindre ces pratiques. Les entreprises se demandent: est-ce qu’on décide de partager ces informations avec les autorités gouvernementales?», soutient le porte-parole.
Le Commissariat à la protection de la vie privée du Canada s’est penché sur cet enjeu dans la dernière année. «On attend la décision. On aimerait bien avoir une solution rapidement parce que le phénomène est grandissant», lance M. Viel.