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Les femmes sont-elles plus conformistes?

Depuis environ trois ans, la photographe Daphné Caron et moi rencontrons chaque semaine des individus qui sortent de l’ordinaire, qui se démarquent soit par leur personnalité singulière, soit par leur mode de vie improbable, soit par leur métier original. Vous pouvez voir le fruit de ces rencontres chaque vendredi, dans la section Urbania de ce journal.

En près de trois ans, nous avons tenté de capter l’essence de ces personnages hors normes, qu’ils soient massothérapeute canin, collectionneur de drapeaux, chauffeur de taxi, inventeur d’instruments, homme araignée ou peintre éboueur. En tout, nous avons rencontré près de 200 originaux.

Nous constatons que les femmes ne constituent que le cinquième de nos sujets. La recette pour qu’un «personnage» soit intéressant est mystérieuse. Il lui faut du charisme, de l’originalité, une couleur, parfois de la naïveté, une vision différente de la vie. Je m’explique mal pourquoi les femmes semblent si difficilement entrer dans nos critères.

Quand j’ai posé la question sur Facebook, on s’est empressé de tirer sur le messager: moi. «C’est ta vision de l’originalité qui est trop étroite.» Pourtant, je vous assure qu’avec le nombre de sujets que je dois trouver chaque année, mes critères sont très ouverts, et je me suis parfois résolue à interviewer des sujets qui ne correspondaient pas en tout point à la définition de perle rare que je cherche chaque semaine.

On m’a aussi soumis l’idée que l’originalité se manifeste différemment chez les femmes et chez les hommes, ce qui est certainement une piste intéressante. Mais les exemples de femmes «originales» qu’on m’a donnés ne semblaient se rapporter qu’à la gentillesse de ces dames ou au fait qu’elles réussissaient à s’en sortir malgré l’adversité. Ainsi, on m’a proposé d’interviewer une mère de famille monoparentale aux études et une autre qui accueille une déficiente intellectuelle de 50 ans. Ces femmes sont certainement extraordinaires, mais il leur manque le facteur «wow» que France Gingras, une femme que nous avons interviewée et qui a été mère d’accueil pour 500 jeunes filles, remplissait aisément. Des France Gingras, on n’en croise pas à tous les coins de rue.

Les femmes sont-elles plus conformistes? Ont-elles plus de difficulté à sortir des sentiers battus? Occupent-elles encore trop peu l’espace public? Les meilleures pistes de réflexion pointent du côté des attentes. Une collègue qui travaille dans le milieu de la créativité et qui est arrivée au même constat que moi m’a fait remarquer qu’on attend des hommes qu’ils prennent les devants, qu’ils se démarquent, qu’ils dérangent. «On dirait que c’est toujours plus acceptable pour un homme d’être drôle, fou, rebelle.» En revanche, on prêtera des attributs soit masculins, soit péjoratifs aux femmes qui se démarquent.

France Gingras se disait «soit mère Teresa, soit folle», et bien que sa vie fût extraordinaire, elle se démarquait dans l’exponentialité d’un rôle traditionnellement féminin, celui de mère. Il est certainement possible pour les femmes de sortir des sentiers battus; seulement, leurs sentiers à elles sont peut-être plus durement battus que ceux des hommes.

Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.

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