Campagne contre l’hypersexualisation à travers le Québec
Le Y des femmes déploiera une campagne de sensibilisation contre l’hypersexualisation à travers les écoles primaires de la province.
Cette initiative est financée par le Secrétariat à la condition féminine et compte sur la participation de 90% des commissions scolaires du Québec, qui distribueront 140 000 signets encourageant les parents à consulter quatre capsules vidéo en ligne.
Ces capsules, dévoilées jeudi à Montréal, visent à faire prendre conscience aux parents des dangers de la socialisation sexiste, de la sexualisation de la société et de la «pornographisation» de la société pour les enfants. Le Y des femmes veut aussi faire comprendre aux parents le rôle positif qu’ils peuvent jouer en offrant d’autres modèles que ceux véhiculés par l’industrie de la mode et les vedettes de la musique.
«Quand on demande aux jeunes ce qui les influence le plus dans leur vie amoureuse et sexuelle, les parents viennent encore en tête de liste, fait remarquer le sociologue Michel Dorais dans l’une des capsules. Avant de blâmer nos jeunes, il faudrait se questionner nous-mêmes.»
«L’hypersexualisation est devenue un phénomène tellement omniprésent qu’on ne la voit plus, a affirmé Lilia Goldfarb, directrice du développement des programmes au Y des femmes. Les capsules que nous lançons aujourd’hui ont justement été faites pour contribuer à «ouvrir les yeux» des parents et des adultes.»
Même si l’hypersexualisation n’est pas un phénomène nouveau, la situation se dégrade, croient les intervenantes réunies en table ronde jeudi. «Il y a une douzaine d’années, c’étaient des enfants de 9-12 ans qui étaient au cœur de cette tendance. Aujourd’hui, ce sont des enfants de 3, 4 ou 5 ans qui en font les frais», a dénoncé Mme Goldfarb.
«J’ai vu l’autre jour, dans le rayon pour enfants d’une boutique de vêtements, des petits soutien-gorge rembourrés grandeur six ans», s’est pour sa part désolée Isabelle, une mère qui témoigne dans l’une des vidéos.
Jocelyne Robert, sexologue et auteure, affirme que les requêtes qu’elle reçoit en tant que sexologue ont changé avec le temps. «Il y a quelques années, les jeunes de 10 ans étaient préoccupées par la façon de bien embrasser. Ce n’est pas normal qu’aujourd’hui des jeunes filles de cet âge se demandent comment faire une fellation» s’est-elle alarmé.
Dans le rayon des solutions, Mme Cathy Tétreault, directrice du Centre Cyber-aide, propose un retour des cours d’éducation à la sexualité dans une perspective de rapports égalitaires et non sexistes dans le cursus scolaire, dès le niveau préscolaire. Le centre a d’ailleurs lancé une pétition en ligne sur le site de l’Assemblée nationale, qui a recueilli plus de 3300 signatures en moins d’une semaine. La pétition a toutefois été retirée pour la période des élections.