Orphelins en quête de sens
On apprenait récemment que Pascal Bérubé et Alexandre Cloutier étaient moyennement favorables à la charte des valeurs alors qu’ils étaient ministres pour le PQ. Je ne fais pas soudainement la découverte de la ligne de parti, mais ajoutons à cela le fait que des femmes suivent des cours pour apprendre à faire de la politique comme un homme et on comprend que ce n’est pas demain qu’on fera de la «politique autrement». Les partis politiques pourront présenter autant de jeunes, de femmes et de minorités visibles qu’ils voudront, si l’objectif n’est que de leur faire porter de vieilles idées dans un vieux boys club, au fond, c’est tout simplement more of the same.
Mais trêve de cynisme, l’organisation Génération d’idées arrive à la rescousse en fin de semaine avec son Sommet des orphelins politique, afin de trouver des alternatives à cette vieille façon de faire de la politique. En entendant le terme «orphelins politiques», il m’est tout de suite venu à l’idée ces fédéralistes de gauche qui réclament la création d’un NPD-Québec pour combler le manque d’alternative aux électeurs progressistes désirant rester au sein du Canada. Mais en discutant avec Éricka Alnéus, co-présidente de Génération d’idées et Paul St-Pierre Plamondon, co-fondateur de l’organisation, j’ai compris que le terme renvoyait à quelque chose de beaucoup plus complexe que le simple fait de remplir un échiquier sur les axes gauche/droite nationaliste/fédéraliste.
«Oui, la question nationale a un effet de distorsion sur le vote, mais ce n’est pas tout. Le PQ ne s’est pas bien renouvelé d’un point de vue générationnel», explique Paul St-Pierre Plamondon. Dans une lettre adressée à La Presse au début de la dernière campagne électorale, lui et quelques comparses de moins de 40 ans annonçaient la défaite du PQ en dénonçant les similitudes entre la stratégie de la charte des valeurs du PQ et celle entourant les frais de scolarité du PLQ. «Dans les deux cas, on instrumentalise un enjeu à des fins politiques en utilisant la même approche intransigeante, ce qui va à l’encontre l’esprit démocratique d’une société qu’on cherche à bâtir», estime Paul St-Pierre Plamondon.
Résultat? Les enjeux qui nous préoccupent vraiment sont évacués. «Durant la dernière campagne, on n’a pas parlé d’éducation ou d’environnement, des sujets qui interpellent extrêmement les jeunes», rappelle Éricka Alnéus. Paul St-Pierre Plamondon anticipe bientôt un «tipping point». «Il y a un problème à ce que les Libéraux aient tant de facilité à reprendre le pouvoir, malgré le peu de changements apportés depuis l’ère Charest. À un moment donné, la Génération Y va devoir s’affirmer».
Pour l’instant, plusieurs membres de cette génération refusent de s’impliquer au sein d’un parti estimant leur pouvoir trop restreint au sein de ces appareils politiques.
Mais les jeunes ne sont pas les seuls à se sentir abandonnés par la politique. «On constate que le phénomène n’est plus générationnel, il est généralisé. Ça fait deux élections que dans les discussions, on entend des gens de tout âge dire qu’ils ne savent vraiment pas pour qui voter», illustre Paul St-Pierre Plamondon. C’est pourquoi les panélistes «Orphelins politiques», Fatima Houda-Pepin, Marie-France Bazzo, Isabelle Maréchal, Michel Venne et Pascale Navarro, ne sont pas que des Y : les X et les Boomers sont aussi invités à penser la politique autrement.
Mais ce que j’aime, de Génération d’idées, c’est que malgré les constats sombres qu’ils posent, ils ne tombent jamais dans le cynisme. Je ne sais pas si leur quête de solutions sera un festival de vœux pieux (je ne le souhaite pas), mais je constate qu’ils n’ont pas perdu espoir de vivre dans un Québec meilleur. Déjà, Paul St-Pierre Plamondon compte 3 raisons de se réjouir sur la participation citoyenne au Québec : 1. Comme en témoignent les défaites du PLQ en 2012 et du PQ en 2014, les wedge politics ne fonctionnent pas au Québec, 2. La publicité négative non plus, et 3. Les influenceurs politiques et sociaux sont disponibles et généreux : «chaque fois que j’invite un ex-premier ministre ou une personnalité publique à de tels brassage d’idées, tout le monde répond présent, contrairement aux États-Unis où les élites sont moins accessibles. C’est une grande richesse». Ou un signe que l’heure est si grave que tous se sentent interpelés? Hâte de voir les résultats de ce méga-brassage d’idées.