Mini-réflexions du vendredi
C’est la fin de la semaine, j’ai plusieurs choses à écrire, aucune préférence en particulier.
La rentabilité d’Enquête
Personne ne contestera le fait que l’émission Enquête, à Radio-Canada, soit rentable. Ses révélations bien documentées nous permettent d’économiser des dizaines de millions de dollars, ce qui en fait un exemple parfait de service public utile. Mais en mettant l’accent sur le caractère concret des résultats d’Enquête, n’est-on pas en train d’inscrire le mandat de Radio-Canada dans un rapport coûts/bénéfices monétaires et, se faisant, de l’éloigner de l’une de ses raisons d’être qui est de promouvoir la culture francophone en se foutant complètement de ce que ça rapporte financièrement? C’est cool qu’Enquête rapporte aux contribuables. La rentabilité est plus difficile à identifier dans le cas d’une émission comme Série Noire, dont les bénéfices sont plus abstraits, mais dont la pertinence n’est pas moindre. Bien sûr, personne qui a dit qu’Enquête était rentable a suggéré que Série noire ne l’était pas, mais ne tentons pas le diable néolibéral par la queue, il est si facile à tenter.
Les discussions de filles
Le cliché veut que les filles parlent entre elles de futilités, de considérations superflues, comme la couleur du vernis à ongle ou la meilleure façon de coincer son chum en l’emmenant sur le terrain glissant de l’apparence physique. Personnellement, je ne connais aucune fille qui correspond à ce cliché, mais vous savez comme moi que les clichés sont faits de plein de faussetés, comme celle qui veut que les gars, eux, parlent des vraies affaires, de choses importantes, qui peuvent contribuer à l’avancement du monde. J’ai toujours su que tout ça était faux, bien sûr. Mais depuis le début des séries éliminatoires, les évidences avancées par les commentateurs («il doit le plus possible essayer de mettre la rondelle dans le filet» ou «son problème, c’est qu’il ne compte pas assez de but»), m’emmènent à confirmer ma conviction profonde que les filles et les gars, c’est pareil, même si c’est différent.
Narcisse
Ma collègue Émilie Dubreuil a publié ce bijou de chronique sur les gens qui manquent d’écoute. M’est venu en tête toutes sortes de personnalités qui, comme le narcisse qu’elle y décrit, n’ont d’intérêt que pour leur nombril, et parmi elles, plusieurs chroniqueurs, blogueurs, commentateurs, le masculin ne l’emportant ici que pour des raisons grammaticales. C’est vrai, nous avons tendance, personnes qui nous exprimons à tout rompre, à nous écouter beaucoup (à nous lire, même, parfois), c’est pourquoi nous reconnaissons si facilement ce narcissisme chez les autres. Parlant de moi, j’ai écrit ce texte au «je» sur ma grand-mère, pas pour parler de moi, non non, mais parce que je pense que certaines personnes peuvent se reconnaître dans cette situation. Comme JE considère qu’il n’a pas été assez partagé, je vous enjoins de le lire sur-le-champ.