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Les lourds

Photo: Archives métro

Une collègue blogueuse et moi discutions récemment des possibilités limitées s’offrant à nous pour contrer les trolls sur les réseaux sociaux. Une vraie problématique de gestion parasitaire. Alors qu’elle privilégie le blocage, je lui ai révélé mon incapacité à retirer à un quidam le droit de s’exprimer librement sur ma page Facebook. Ce n’est pas par vertu, mais plutôt par paresse ou, pire, par orgueil : bloquer quelqu’un n’est-il pas l’équivalent de lui concéder la victoire? Combien de trolls s’enorgueillissent d’avoir été bloqué par untel, d’être venu à bout de ses nerfs, et récoltent les blocages comme autant d’écussons d’honneur? Les deux techniques ont leurs avantages et leurs inconvénients.

Je vous mentirais si je disais que je ne fantasme pas régulièrement à l’idée de bloquer certaines personnes qui commentent abondamment mes publications. Sans être nécessairement des trolls, ces commentateurs enthousiastes – qui ont visiblement plus de temps que moi à consacrer à mes propres publications – prennent un vilain plaisir à tout remettre en question, à chercher des poux là où il n’y en a pas, à tout prendre au pied de la lettre. Je les appelle affectueusement «mes lourds», et si ceux-ci ne se reconnaissent pas, je préciserais qu’un trait qui leur est commun est d’avoir généralement inclus un titre pompeux dans leur nom, par exemple, Untel Écrivain, John Doe Essayiste, ou Machin-Chouette Philosophe. Oh, ils ne sont pas méchants, et après tout, il faut être «ouvert à la critique», non? Compte tenu du volume de leurs interventions, toutefois, ces gens occupent une place beaucoup trop importante dans ma vie virtuelle pour l’intérêt que je leur porte réellement. J’allègerais probablement mes souffrances en les éliminant tout simplement de mes «amis».

D’autres sont carrément des trolls jouant habilement sur la mince ligne entre simple nuisance et véritable violence psychologique. Je pourrais les éliminer, mais alors, selon quel critère? L’élimination ne deviendrait-elle pas le reflet de ma propre rigidité? Étant donné la complexité du processus de décision lié au retrait ou à l’ajout d’un lecteur selon son degré de nuisance, j’ai plutôt pris la décision de les ignorer, ce qui personnellement, me procure beaucoup de réconfort. Mon affection pour les réseaux sociaux en a sans doute souffert. En contrepartie, ce désintérêt progressif du virtuel n’a eu que des effets bénéfiques sur ma «vraie vie».

Ma collègue, elle, a pris la décision d’éjecter les plus vilains, selon des critères qui lui appartiennent. Elle vit avec une panoplie d’autres conséquences, comme celle de se faire traiter d’enragée, de susceptible, de fille pas capable d’accepter l’adversité ou le simple débat, comme si on devait «s’exposer comme de la chair à insultes sans broncher», explique-t-elle. Elle a toutefois son outil d’empowerment bien à elle : un site dans lequel elle consigne les interventions d’une race bien spécifique de trolls, les antiféministes. Ça, c’est lourd, mais pour d’autres raisons.

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