Du pétrole lourd sur le fleuve Saint-Laurent
En attendant de couler dans les pipelines québécois, le pétrole des sables bitumineux prendra la voie maritime.
Depuis la mi-juillet, le pétrole de la pétrolière Suncor est acheminé par train au port de Sorel-Tracy. Il s’agit de pétrole lourd non raffiné qui est destiné au marché nord-américain, selon Radio-Canada.
Selon les informations obtenues par la société d’État, les wagons utilisés sont plus résistants que ceux impliqués dans la tragédie de Lac-Mégantic. Des gicleurs ont aussi été installés le long des rails et des mesures d’urgence sont en préparation avec les municipalités limitrophes, le long du trajet.
L’entreprise Kildair, qui gère le transport et le stockage du pétrole brut, affirme avoir obtenu toutes les autorisations nécessaires de la part des autorités. Elle affirme en outre que ce nouveau projet ne nécessite pas d’étude de la part du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE).
Pas de quoi rassurer les écologistes. «Un déversement de pétrole des sables bitumineux survenu au Michigan en 2010 dans une municipalité de 7400 habitants a causé des dommages de plus de 1G$. Quatre ans après l’incident, la compagnie n’a toujours pas réussi à nettoyer le pétrole déversé, imaginez l’impact sur l’écosystème du fleuve St-Laurent!», a réagi Steven Guilbeault, porte-parole d’Équiterre.
Selon Émilien Pelletier, professeur spécialisé en chimie et écotoxicologie à l’Institut des sciences de la mer de Rimouski, «les résidus bitumineux sont beaucoup plus récalcitrants, beaucoup plus difficiles à éliminer du milieu naturel et beaucoup plus toxiques».
«Nous sommes inquiets des risques que pourraient représenter un transport accru de pétrole lourd sur l’écosystème du Saint-Laurent et l’approvisionnement en eau potable de plusieurs municipalités», a jouté Jean-Patrick Toussaint, chef des projets scientifiques à la Fondation David Suzuki qui rappelle que 43% de la population québécoise s’abreuve grâce au Saint-Laurent.
Dès la mi-septembre, de un à deux navires quitteront Sorel pour alimenter les raffineries nord-américaines. Selon Steven Guilbeault, il s’agit là d’une preuve que le raffineries québécoises tireront peu de profit du pétrole de l’Ouest.
Dans une chronique publiée dans le journal Métro, M. Guilbeault écrivait récemment: «Pourquoi les pétrolières, comme Suncor, sont-elles obsédées par l’idée d’exporter? C’est simple, parce qu’il y a beaucoup plus d’argent à faire dans les exportations. Comme il y a congestion dans les pipelines ici, le pétrole de l’Ouest se vend à des prix de 20 à 30$ plus bas le baril que le prix sur le marché mondial. Dès que les compagnies canadiennes pourront acheminer leur pétrole vers ce marché, on peut imaginer la hausse de leurs profits. En somme, le Québec n’est qu’une voie de passage vers de plus grands profits pour elles».