National

La Bourse du carbone pour les nuls

Dans cinq mois, les automobilistes seront directement touchés par l’instauration des plafonds d’émission dans le secteur des produits pétroliers.

Pour y voir plus clair, qui de mieux que Jean Nolet, DG de la toute nouvelle Coop Carbone, une coopérative spécialisée dans le marché du carbone et les réductions d’émissions de gaz à effet de serre (GES) chez les petits et moyens émetteurs.

Comment ça fonctionne?
Depuis 18 mois, une soixantaine d’entreprises (alumineries, cimenteries, papetières, etc.) doivent calculer et couvrir leurs émissions de GES. Pour ce faire, elles achètent des droits d’émission, qui sont évalués actuellement à 11$ la tonne de GES émis. Plus une entreprise fait des efforts pour réduire ses émissions, moins elle a à acheter de droits d’émission, notamment lors des mises aux enchères organisées par le gouvernement. Pour y participer, les entreprises doivent s’enregistrer et faire des offres d’achat. Jusqu’ici, quatre ventes aux enchères ont eu lieu, et environ 70% des droits ont été écoulés. Il n’y a pas eu de réelle surenchère pour l’acquisition de ces droits de polluer pour diverses raisons. «Mais quand le système fonctionnera à plein régime, le gouvernement du Québec espère en tirer 800M$ par an pour financer des projets en commun et atteindre les objectifs de la province en termes de réduction des GES», explique M. Nolet.

Qu’est-ce qui va changer en 2015?
Après les entreprises manufacturières en 2013, ce sera au tour des entreprises pétrolières de devoir couvrir leurs émissions et acheter des droits. Comme les entreprises risquent de refiler la facture aux usagers (environ 3¢ par litre vendu au prix actuel du marché), tout le monde – particuliers, entreprises et institutions – sera touché. L’objectif de la Coop Carbone, qui regroupe plusieurs membres, dont Desjardins, la Fondation CSN et la Coop fédérée, sera d’offrir aux citoyens ou aux petites entreprises des moyens pour réduire leur consommation de pétrole et de contribuer à l’émergence d’une filière québécoise de technologies vertes. Car à partir de 2015, les ventes aux enchères seront faites conjointement avec la Californie, le seul autre État qui participe jusqu’ici à cette initiative. «Comme elle a beaucoup plus de potentiel de réduction des GES, il y aura beaucoup de droits d’émission à vendre venant de là-bas, donc le Québec verrait des sommes importantes partir vers la Californie», indique Jean Nolet. D’où l’importance de développer une filière technologique verte pour tirer parti de ce marché du carbone au lieu de le subir. La Coop Carbone veut, par exemple, développer des projets pour diminuer les gaz et mousses halocarbures des appareils de réfrigération, ou valoriser les déchets forestiers pour le chauffage.

Quelles sont ses forces et ses faiblesses?
La grande force d’un tel marché, c’est qu’il permet de mettre un coût sur les émissions de gaz à effet de serre. On oblige ainsi tous les intervenants à prendre conscience du degré de pollution de leurs activités, lance M. Nolet. «Sa faiblesse, c’est son niveau de complexité. C’est beaucoup plus compliqué qu’une simple taxe et les gens comprennent alors moins bien l’origine de ce qu’ils paient», ajoute-t-il. Si L’Institut économique de Montréal est plutôt favorable à ce type de «permis de polluer», qui a notamment aidé à vaincre les pluies acides, l’organisme craint que le faible nombre de participants nuise à la compétitivité du Québec. Jusqu’ici seuls le Québec et la Californie ont embarqué, mais l’Oregon, la Colombie-Britannique et l’Ontario pourraient suivre.

Articles récents du même sujet