L’IEDM veut indexer l’âge de la retraite à l’espérance de vie
Dans une note économique publiée jeudi, l’Institut économique de Montréal (IEDM) propose deux solutions pour tenter d’assurer la pérennité des régimes de retraite, tout en respectant les acquis des travailleurs et l’équité intergénérationnelle.
Selon Youri Chassin, l’auteur de la note, le déficit anticipé des régimes (3,1G$) s’explique notamment le fait que l’espérance de vie après 65 ans est plus longue que calculée initialement. Chez les femmes elle est passée en trois décennies, de 18,8 ans à 22,1 ans (+3,3 ans) et a augmenté de 5 ans chez les hommes.
«Pour les régimes de retraite à prestations déterminées, cette augmentation de la longévité plus rapide que prévu représente une pression à la hausse sur les coûts, les prestations devant être versées pendant plus longtemps», écrit M. Chassin.
Ce dernier propose donc d’indexer l’âge de la retraite à l’espérance de vie. «L’âge de la retraite devrait être rehaussé de façon graduelle pour équilibrer les périodes de vie active et de retraite, de façon à correspondre à deux années travaillées pour chaque année de retraite en moyenne», selon lui.
Si l’espérance de vie augmente dans les mêmes proportions à l’avenir, ce qui n’est pas certain, cela signifie que l’âge de la retraite pourrait être haussé en moyenne de 1,1 mois par année.
L’économiste propose aussi de passer d’un système à prestations déterminées vers un système à cotisations déterminées. «Les nouveaux employés seraient entièrement couverts par le régime à cotisations déterminées. Les employés en poste au moment de la réforme disposeraient quant à eux de deux régimes, l’un à prestations déterminées pour les années travaillées jusqu’à la date du changement et l’autre à cotisations déterminées pour les années suivantes», écrit-il.
Le régime à cotisations déterminées offrirait comme avantages de faire contribuer plus équitablement entre employeurs et employés les risques liés aux fluctuations des rendements des régimes de retraite. En effet, avec le régime des cotisations déterminées, le montant des cotisations est fixé à l’avance, mais pas celui du revenu de retraite qui dépendrait alors des rendements financier, résume l’économiste.
Du côté syndical, on se félicite que l’IEDM reconnaisse lui aussi que l’État ne peut pas rouvrir unilatéralement les conventions collectives. «Mais la proposition de l’IEDM de généraliser les cotisations déterminées créerait une iniquité intergénérationnelle sans précédent», affirme Pierre-Guy Sylvestre, économiste au Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP).
Il y aurait d’un côté des retraités à prestations déterminées qui connaîtraient à l’avance le montant de leur retraite et de l’autre, les retraités de la réforme qui ne pourraient pas prévoir leur retraite, car elle dépendrait de la performance de leurs fonds, résume-t-il.
Le SCFP n’est pas contre le fait de repousser l’âge de la retraite, mais il milite notamment pour la création d’un fonds de stabilisation, ainsi qu’un véritable régime public à prestation déterminée pour tous les Québécois, à l’image du modèle allemand. Ce modèle coûterait cher, certes, mais l’État serait gagnant, notamment en termes de réduction des coûts de santé liés à la pauvreté, prétend l’économiste du SCFP.