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Raymond Garneau: «c’est moins pire d’abolir un programme que de grafigner partout»

Photo: Maude Chauvin/Collaboration spéciale

Créateur du Conseil du trésor et ministre des Finances et de l’Éducation sous le premier ministre du Québec Robert Bourassa, Raymond Garneau est un libéral «rouge sang». Sa biographie, De Lesage à Bourassa, est une lettre d’amour au Parti libéral du Québec, où il raconte l’essentiel de sa vie en politique active, en passant par la Révolution tranquille sous le premier ministre Jean Lesage, la Crise d’octobre et la montée du Parti québécois. Métro a discuté avec lui de son parcours.

Qu’est ce qui a changé au Parti libéral depuis votre départ en 1978?
Avec [Jean] Charest [NDLR: premier ministre du Québec de 2003 à 2012] – je ne pourrais pas en être certain parce que je n’étais pas à l’intérieur –, mais j’ai eu l’impression qu’il y avait eu un certain abandon de l’esprit qui animait le parti sous [Jean] Lesage et M. Bourassa: être proche des membres et être à l’écoute des exécutifs de comté. C’est ce qui crée la force du parti.

Vous reconnaissez-vous dans le parti actuel?
Je n’ai pas de problème avec l’évolution du Parti libéral. Dans les circonstances, M. Couillard fait un job extraordinaire. Souvent, les gens oublient que les hommes et femmes en politique ont autant d’imagination que les groupes d’intérêt, sauf que quand tu es au gouvernement, ton rêve, il faut que tu le finances.

Quand vous avez accédé au poste de ministre des Finances, l’État était en croissance; maintenant, c’est l’inverse. Est-ce que ça change la donne pour votre homologue actuel, Carlos Leitao?
Ça l’oblige à poser des gestes qui ne sont pas populaires. Il y a toujours plus de demandes que de disponibilités financières. Ce qui est difficile pour un ministre des Finances, c’est qu’il projette souvent l’image d’un homme qui n’a pas d’imagination, qui ne voit pas qu’il y a des souffrances dans la population. Mais ce n’est pas parce qu’il n’a pas de cœur ou d’imagination. À un moment donné, quand il n’y en a plus [d’argent], il n’y en a plus.

Vous dites que les souverainistes sont «ultranationalistes». Que voulez-vous dire?
L’ultranationaliste considère la nation comme un principe de souveraineté. Lorsque tu accroches ensemble nation et souveraineté, il n’y a plus de place pour les communautés culturelles qui ne font pas partie de la nation. La nation québécoise, je suis bien d’accord. Mais pour les ultranationalistes, la nation, ce sont les Québécois francophones, pas les autres. Ils proposent la séparation politique du Québec, mais en même temps la séparation de la nation des autres.

Dans le livre, vous affirmez avoir pensé à la littérature nazie des années 1930 en lisant le manifeste du Front de libération du Québec (FLQ), qui venait de kidnapper le commissaire britannique James Cross au début de la Crise d’octobre. Pourquoi?
C’est la haine qu’il y avait là dedans. Quand on lit le manifeste du FLQ, on sent cette haine qu’ils avaient contre les francophones et anglophones qui avaient de l’argent, qui n’étaient pas «pour le peuple», selon eux. C’est un peu la même chose que les fascistes disaient en Europe contre ceux qui n’étaient pas des pure-race.

«Quand tu coupes, c’est sur que tu vas te mettre à dos les gens affectés, mais c’est moins pire pour le résultat démocratique de prendre un programme et l’abolir, que de grafigner un peu partout.»

Vous dites qu’un de vos seuls malaises en tant que ministre a eu lieu quand on vous a présenté la fameuse liste de 250 personnes qu’on s’apprêtait à arrêter sous l’autorité de la Loi sur les mesures de guerre, après l’enlèvement de votre collègue, Pierre Laporte. Était-ce un abus de pouvoir?
Ce n’était pas un abus de pouvoir, puisque c’était appuyé sur des législations existantes. La Loi sur les mesures de guerre existait depuis 50 ans à cette époque, nous n’avons pas inventé ça. Par contre, ce que je dis, c’est que c’étaient des mesures exorbitantes par rapport à nos traditions libérales.

Était-ce la bonne chose à faire?
C’est bien difficile de dire. J’aurais préféré qu’on ne le fasse pas, mais quand on fait partie d’une équipe et qu’on vit une telle tension… je ne voulais pas foutre la pagaille quand il y avait tellement de choses importantes en jeu.

 

De Lesage à Bourassa: ma vie politique dans un Québec en mouvement
Les éditions Transcontinental

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