Dire les vraies affaires
À force de se faire enfoncer dans le coco que toute vérité n’est pas bonne à dire, on a fini par développer un merveilleux sens de la déviation. C’est pourtant si simple d’appeler un chat un chat…
Avez-vous remarqué combien il est difficile ici de présenter les choses telles qu’elles sont? Par exemple, quand un commerce fait faillite, c’est un écriteau «Fermé pour rénovation» qu’on colle dans la porte. Quand un spectacle fonce tout droit vers l’échec, on dit qu’il est «annulé à cause d’un conflit d’horaire». Pourtant, dans chacun des cas, tout le monde devine fort bien ce qui se cache derrière cet inutile charabia.
La semaine dernière, 25 personnalités d’ici ont dénoncé la faible représentation d’artistes québécois et/ou francophones dans la série de méga spectacles au prochain Festival d’été de Québec. Leur observation est tout à fait juste. Deux spectacles en onze soirées, c’est en effet bien peu. Mais, probablement pour ne blesser personne, on préfère louvoyer plutôt que de donner la véritable raison qui motive ce choix.
C’est qu’au-delà des subventions de l’État, un Festival de cette envergure est aussi fortement commandité par de grosses entreprises. Ces commanditaires s’attendent à retirer un maximum de visibilité de l’événement. On espère donc une fréquentation majeure. Point à la ligne et simple comme bonjour, y a rien de péché là-dedans.
Sauf qu’en offrant cette simple réponse, on confirmerait une réalité qui pourtant crève les yeux : rares sont les artistes québécois ou francophones, à part Céline, qui peuvent attirer autant de monde que Black Eyed Peas sur les plaines d’Abraham. Pas que les artistes d’ici soient mauvais, ça n’a absolument rien à voir. Sauf qu’on peut les entendre souvent et partout. Parfois même jusqu’à plus faim. Ne voyez ici aucun mépris, ce n’est que la plus pure des réalités. Et s’il vous plaît, ne venez pas me parler d’un 214e spectacle hommage à Félix Leclerc qui réunirait encore à peu près la même brochette d’invités, on a déjà beaucoup trop donné dans le genre si vous voulez mon avis…
Quelle est la forme de respect la plus noble? Dire simplement les vraies affaires ou ménager les susceptibilités?