National
02:30 31 août 2015

Québec: Un plan numérique qui se fait attendre

Près d’un an après que le premier ministre du Québec Philippe Couillard se fut engagé à adopter un plan numérique pour la province, son gouvernement indique qu’il «planche» sur une telle stratégie. Impossible, toutefois, de savoir ce qui a concrètement été fait pour le mener à bien.

«Il faut commencer à faire passer le Québec à l’ère numérique. Vive le plan Nerd!» avait déclaré M. Couillard lors d’un discours en marge du Forum des idées pour le Québec, en septembre 2014. Il a réitéré son intention au dernier Congrès du Parti libéral du Québec, qualifiant le numérique de nouvelle civilisation en émergence.

L’idée d’un plan numérique est de coordonner les actions de tous les acteurs de la société afin que les Québécois créent et adoptent les outils numériques qui leur conviennent. Cela devient une nécessité, à une époque où tout le monde est susceptible d’être dépassé par l’évolution de la technologie. «Il y a tellement de développements que c’est impossible de suivre et de se tenir à jour», a estimé Monique Chartrand, directrice générale de l’organisme Communautique, dont la mission est de soutenir la participation citoyenne par l’appropriation des technologies de l’information.

«Il est temps que ça bouge», a indiqué à Métro Jean-François Gauthier, PDG de l’Institut de gouvernance numérique (IGN). L’organisme demande l’adoption d’un plan numérique comme l’ont déjà fait une vingtaine d’États, dont la France.

Il n’a pas été possible de savoir à quel moment la stratégie numérique du Québec devrait être présentée. «Nous aurons l’occasion d’en parler durant l’automne et l’hiver prochains», a indiqué la semaine dernière à Métro son porte-parole Harold Fortin. Par ailleurs, aucune consultation n’a eu lieu ou n’a été annoncée avec les citoyens du Québec.

«Le Québec est incroyablement en retard. On coule à pic.» – Monique Chartrand, directrice générale de Communautique

Le gouvernement dit étudier un projet de stratégie que l’IGN lui a soumis plus tôt cette année, qui met l’accent sur l’idée d’élaborer ce plan en collaboration avec les citoyens. Le Québec s’est aussi entendu en mars dernier avec la France pour collaborer sur cette question et «développer un espace numérique qui pourra accroître nos échanges commerciaux dans la Francophonie».

Des idées pour un plan numérique
Pour élaborer un plan numérique pour le Québec, une démarche de consultation d’un an serait nécessaire, selon l’Institut de gouvernance numérique.

«Si le ministère du conseil exécutif élabore son projet en vase clos comme le Plan Nord ou la Stratégie maritime, ça ne fonctionnera pas. Ceux qui ont de bonnes solutions sont en dehors du gouvernement», a commenté Jean-François Gauthier, président-directeur général de l’organisme.

Selon la stratégie de consultation proposée par l’IGN, qui a été remise au gouvernement en novembre dernier, cinq grands volets devraient être abordés : les citoyens, la gouvernance, l’économie de proximité, l’accès à l’internet et l’information. «L’économie de proximité, c’est tous les Über de ce monde. Über, c’est une solution développée à l’étranger. Moi, je veux que ce soit les Québécois qui développent nos outils du futur. Ça prend une coordination de ces nouvelles façons de faire l’économie», a expliqué M. Gauthier.

«Le Canada est l’un des endroits où ça coûte le plus cher pour des services internet d’une aussi basse qualité. Il faut se mobiliser! Ce n’est pas normal qu’on perde le réseau cellulaire entre Québec et Montréal», a aussi illustré M. Gauthier.

Ce dernier trouve que l’idée de s’inspirer de la France est bonne. La France a élaboré en 2012 un plan de développement de l’économie numérique à la suite d’une grande démarche de concertation intitulée les «assises du numérique», qui a donné lieu à plus de 130 ateliers et 250 forums de discussion, auxquels des milliers de personnes ont contribué. Les priorités, selon le site web du plan, étaient de «permettre à tous les Français d’accéder aux services numériques, développer la production et l’offre de contenus numériques, accroître les services numériques dans les entreprises et moderniser la gouvernance de l’économie numérique».

En attendant: s’entraider entre citoyens
En attendant un plan numérique, l’organisme Communautique développe lui-même des ateliers d’entraide pour que les citoyens et les entreprises s’adaptent à l’évolution technologique.

À l’École de technologie supérieure, les Fab Labs de Montréal sont ouverts deux jours par semaine à tous ceux qui souhaitent mettre les technologies au profit d’un projet. «Ce n’est pas tout le monde qui a besoin des mêmes logiciels. Il y a des femmes aînées qui ne sont pas intéressées à avoir une adresse email, mais qui veulent développer une chaîne YouTube sur le tricot», a expliqué Monique Chartrand, directrice générale de Communautique.

Les Fabs Labs ne bénéficient d’aucun soutien financier gouvernemental. «Ça prendrait des investissements majeurs pour ouvrir plusieurs ateliers de fabrication numérique dans des centres communautaires», a estimé Mme Chartrand.