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Sénat: Mulcair promet du vent, accuse Duceppe

BELOEIL, Qc — La Constitution canadienne est «barrée à double tour» et le chef néo-démocrate Thomas Mulcair sait pertinemment qu’on ne pourra la rouvrir exclusivement pour abolir le Sénat du Canada, selon Gilles Duceppe.

Le chef du Bloc québécois a accusé son homologue du Nouveau Parti démocratique (NPD) de faire cette promesse électorale en sachant très bien que c’est «du vent».

«S’il pense pouvoir ouvrir la Constitution sans parler des demandes du Québec et des Premières Nations (…), c’est complètement irréaliste», a-t-il plaidé jeudi en marge d’une annonce à Beloeil, au sud de Montréal.

Cet engagement est d’autre part assez curieux puisque M. Mulcair a clairement démontré dans le passé qu’il était «parfaitement à l’aise avec la Constitution canadienne», a ajouté M. Duceppe.

Le chef néo-démocrate se dit déterminé à faire disparaître la chambre haute. Il estime qu’en portant son parti au pouvoir le 19 octobre, les Canadiens lui confieraient le mandat d’en discuter avec les provinces.

Et d’ici à ce que cet objectif soit atteint, un éventuel gouvernement du NPD n’aurait pas de difficulté à faire adopter ses projets de loi, a-t-il soutenu dans une entrevue télévisée diffusée mercredi soir au réseau anglais de Radio-Canada.

«Le Sénat va devoir réaliser qu’un gouvernement vient d’être élu (…) et que lorsqu’un projet de loi est adopté par des députés qui ont été envoyés là par les électeurs canadiens, on leur demandera d’adopter le projet de loi qui leur sera soumis», a affirmé M. Mulcair.

L’abolition de la chambre haute est une position de longue date au NPD. Le Bloc a le même objectif, mais estime que la seule façon de s’en débarrasser est de réaliser l’indépendance du Québec.

Le premier ministre québécois Philippe Couillard est catégoriquement opposé aux velléités abolitionnistes des néo-démocrates. «Le Québec est opposé à l’abolition du Sénat» et il le sera «toujours», a-t-il tranché en juin.

Dans un jugement rendu en avril dernier, la Cour suprême du Canada a déterminé que l’abolition de la chambre haute exigerait le consentement de l’ensemble des provinces.

Sécurité ferroviaire

Le chef du Bloc québécois a fait du transport de pétrole par train le sujet de son annonce en ce 40e jour de campagne, citant pour illustrer son propos les tragiques événements survenus en juillet 2013 à Lac-Mégantic.

Rappelant que le fédéral a été pointé du doigt par le Bureau de la sécurité des transports du Canada (BST) dans un rapport sur cette catastrophe ferroviaire, qui a fauché la vie de 47 personnes, M. Duceppe a accusé les trois partis fédéraux de faire passer l’économie avant la sécurité des citoyens.

«Nous, les profits des compagnies pétrolières nous importent moins que la sécurité des Québécois», a-t-il laissé tomber après avoir énuméré les mesures qu’une délégation du Bloc réclamerait à la Chambre des communes.

Il suggère entre autres d’interdire d’ici six mois l’utilisation, pour le transport de produits toxiques, des vieux wagons DOT-111, comme ceux qui ont détruit le centre-ville de Lac-Mégantic. Il propose aussi d’interdire d’ici 2018 le transport de tout produit toxique ou dangereux dans les wagons DOT-111 de deuxième génération.

Les trois autres partis, eux, «pleurent tous sur la tragédie (de Lac-Mégantic), mais ils posent toutes les conditions pour que potentiellement, d’autres tragédies surviennent», a pesté Gilles Duceppe en point de presse.

Il faudra voir si la question de la sécurité ferroviaire pourrait défavoriser les conservateurs dans la circonscription de Mégantic—L’Érable, qui était représentée depuis 2006 par Christian Paradis, lequel a décidé de quitter la vie politique.

Fidèle à son habitude, le chef bloquiste a refusé de se lancer dans les prédictions, mais il a laissé entendre que le départ du député sortant, conjugué au souvenir amer des lacunes fédérales au chapitre du transport de produits dangereux par rail, pourrait faire tourner le vent.

«L’élection, c’était en 2011, la tragédie était en 2013, et Christian Paradis n’est plus candidat. (…) On verra comment les gens de Lac-Mégantic réagiront», a-t-il laissé tomber.

Les mesures mises de l’avant par le Bloc québécois «vont tout à fait dans le sens de ce que l’Union des municipalités du Québec (UMQ) propose», a indiqué jeudi le porte-parole de l’UMQ, Patrick Lemieux.

«Depuis Lac-Mégantic, le gouvernement fédéral a déjà posé certains gestes, mais beaucoup reste encore à faire pour éviter que de telles tragédies se reproduisent», a-t-il ajouté.

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