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Le Bloc québécois dévoile son cadre financier

Bloc Quebecois Leader Gilles Duceppe speaks to the media at the offices of a televison channel that searches for missing people during an election campaign stop in Montreal on Friday, September 4, 2015. THE CANADIAN PRESS/Graham Hughes Photo: Graham Hughes / La Presse canadienne

MONTRÉAL — Hausser l’impôt des grandes sociétés et des plus riches tout en «faisant goûter l’austérité aux institutions monarchiques» permettrait à Ottawa de dégager les sommes requises pour équilibrer le budget en 2017-2018, mais également de régler le déséquilibre fiscal, selon le Bloc québécois.

La formation a déposé mercredi, en ce 53e jour de campagne, un cadre financier comprenant de nombreuses mesures, petites et grandes, qui ont été présentées par le chef bloquiste Gilles Duceppe depuis le début de ce marathon électoral.

Le plan prévoit un retour à l’encre noire qui serait rendu possible, en grande partie, par les entrées d’argent émanant des augmentations d’impôt que devraient subir les grandes sociétés (de 15 à 16,5 pour cent) et les plus fortunés (hausse de 1,5 point de pourcentage pour ceux dont le salaire dépasse 150 000 $).

La facture serait particulièrement salée pour les banques et les pétrolières, qui verraient leur taux d’imposition bondir de 15 à 20 pour cent, selon le cadre financier des bloquistes, qui préconisent comme leurs adversaires néo-démocrates et libéraux l’annulation du fractionnement du revenu pour les jeunes familles.

Le trésor fédéral s’enrichirait également de 75 millions $ sur trois ans en amputant le budget des institutions monarchiques, soit le gouverneur général, les lieutenants-gouverneurs et le Sénat du Canada, propose la formation indépendantiste.

Le Bloc québécois estime que la combinaison des revenus et des économies présentées dans son plan permettrait au gouvernement fédéral de s’attaquer au déséquilibre fiscal — un problème qui n’existe pas, selon ce que martèlent les conservateurs.

Gilles Duceppe a signalé il y a un peu plus de deux semaines que le financement de la santé serait «le premier cheval de bataille de son équipe»; le cadre financier de son parti prévoit ainsi des transferts en santé de l’ordre de 4,3 milliards $ sur trois ans.

Dans les dernières semaines, le chef bloquiste a vigoureusement critiqué son homologue néo-démocrate Thomas Mulcair pour son empressement à équilibrer le budget coûte que coûte, l’accusant d’être un chantre de l’austérité à la solde des banquiers de Bay Street.

Sa formation prévoit atteindre le même objectif un an plus tard. Son plan prévoit un déficit de 1,8 milliard $ en 2016-2017, mais des surplus pour les années suivantes (4,7 milliards $ en 2017-2018 et 4 milliards $ pour l’exercice financier subséquent).

Selon le candidat bloquiste dans la circonscription de Joliette, Gabriel Ste-Marie, ce cadre financier est «le plus crédible» de tous ceux qui ont été dévoilés — les conservateurs présentent leur dernier budget déposé en avril dernier comme le leur, tandis que le Nouveau Parti démocratique (NPD) a révélé les grandes lignes du sien la semaine dernière en se basant sur le même budget.

«On est choqués que les autres n’utilisent pas les chiffres du directeur parlementaire du budget. Et on est les seuls à ne pas piger dans la caisse d’assurance-emploi et à demander qu’elle ne soit plus dans le fonds consolidé», affirme le professeur d’économie en entrevue téléphonique, mercredi.

Il défend la pertinence de l’exercice, pour une formation qui ne prendra jamais le pouvoir à Ottawa, d’élaborer un cadre financier fédéral — car ultimement, les propositions du Bloc seront profitables aux autres provinces et territoires, plaide-t-il.

«On a des engagements concrets, on va essayer d’aller les gagner. Très souvent, nos chiffres sont utilisés ensuite par les autres partis. (…) Ça répond aux intérêts du Québec, mais aussi, ça va bénéficier à l’ensemble des provinces», ajoute-t-il en citant les demandes en matière de déséquilibre fiscal, soutient M. Ste-Marie

Son chef Gilles Duceppe aura tout le loisir de présenter enfin à un vaste auditoire sa philosophie économique; le thème de l’économie sera l’un des premiers qui seront abordés lors du premier débat des chefs en français, jeudi.

Le chef consacrait d’ailleurs sa journée de mercredi à se préparer pour la joute oratoire, ce qu’il préfère faire sans avoir recours à des simulations, a-t-il confié. Dans le camp bloquiste, on a bonne confiance que ses habiletés de débatteur lui permettront de marquer des points.

M. Duceppe lui-même mentionne souvent dans les discours qu’il prononce lors de ses arrêts de campagne qu’il a hâte de sauter dans le ring. Mardi soir, du côté de Saint-Hyacinthe, il a de nouveau balancé une plaisanterie que son équipe a entendue plus d’une fois au sujet de son exclusion des débats anglophones.

«J’ai fait plusieurs débats en anglais — j’ai fait 15 débats à ce jour, je pense que je suis dans le (livre des records) Guinness! J’aimais ça en anglais; on m’a même dit que j’en avais gagné trois. J’ai dit, moi, que j’aimais mieux les débats en anglais qu’en français», dit-il toujours avant de prendre une petite pause.

«Ça a surpris les gens, mais je leur ai dit: ‘La raison est bien simple, je comprenais tout ce qu’ils disaient en anglais, mais je ne comprenais pas nécessairement tout ce qu’ils disaient en français’», lâche ensuite le chef du Bloc, déclenchant invariablement des rires dans les salles.

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