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14:13 2 novembre 2015 | mise à jour le: 2 novembre 2015 à 14:54 temps de lecture: 4 minutes

À quoi bon?

À quoi bon?
Photo: Archives Métro

On ne saura jamais ce qui s’est vraiment passé durant le Conseil des ministres où, c’est ce qu’on nous raconte, Lise Thériault aurait sauté sa coche. Les membres du gouvernement ont beau jeu de nous raconter une version des faits dans laquelle la ministre harangue ses collègues de manière «rageuse» et «déchaînée». Dans un contexte de solidarité partisane où aucun ministre ne contredira la version qui arrange le parti, c’est la seule version possible!

Il y a toujours plusieurs versions à une histoire. Généralement, on peut entendre différentes explications provenant de sources diverses, puis croire celle qui nous apparaît la plus crédible. Ici, nous sommes forcés de croire les «sources fiables», soit, à moins qu’il ne s’agisse de la personne qui prenait les notes*, fort probablement un membre du gouvernement.

Un gouvernement qui, rappelons-le, est formé de 18 hommes pour 9 femmes. Dans quel contexte trouverait-on raisonnable qu’une femme soit jugée «rageuse» et «déchaînée» par un tribunal formé de deux fois plus d’hommes que de femmes? On félicite au passage les sources fiables d’avoir eu l’habileté d’éviter l’adjectif «hystérique», même si c’est tout comme. Pour le reste, ne sommes-nous pas devant le cas d’une femme jugée inadéquate au sein d’un boy’s club, par un boy’s club, selon les critères du boy’s club? Tout ça pour en arriver à la conclusion, comme y parviennent trop commodément certains, que les femmes ne savent pas prendre la pression.

Ça, c’est une chose. Mettons, maintenant, que la ministre ait véritablement pété les plombs. Cet événement survient après les révélations de l’émission Enquête dans laquelle on accusait des agents de la SQ d’inconduite sexuelle et d’abus de pouvoir à l’endroit des femmes autochtones à Val d’Or. Des allégations dont la ministre était en partie au courant. Que sait-on de la gestion qu’a faite cette ministre du dossier et de la marge de manœuvre dont elle disposait? Se peut-il que la ministre, sensible à la cause des femmes autochtones, ait été impuissante, ayant les mains liées par le parti? Peut-être pas et, ultimement, Lise Thériault demeure responsable de son incompétence, tout comme l’a été avant elle son collègue Yves Bolduc. Reste que dans un cabinet plus paritaire, ces doutes se poseraient d’une autre façon.

Si nous voulons que les femmes prennent plus de place en politique, c’est notamment parce que nous souhaitons que les perspectives des femmes se fassent valoir davantage. Mais à quoi bon si, pour accéder au pouvoir et s’y maintenir, les femmes doivent jouer le jeu du boy’s club et faire de la politique «comme des hommes», sous peine d’être évincées? Pour garder son poste, aurait-il fallu que Lise Thériault se montre impassible devant la situation des femmes autochtones comme le font ses collègues en imposant des mesures d’austérité qui affecteront surtout des femmes?

*On m’indique qu’il n’y a même pas de preneurs de notes dans les réunions du Conseil des ministres. À part les ministres, trois ou quatre hauts placés du gouvernement. Vraisemblablement, la personne qui a coulé cette information – qui aurait pu être fabriquée de toutes pièces – voulait qu’elle se retrouve dans votre Presse du samedi matin.

AJOUT: Que l’autorité médicale ayant diagnostiqué l’épuisement de la ministre soit un ancien ministre libéral ne fait qu’ajouter des malaises à cette histoire troublante qui a toutes les allures d’un sacrifice politique.

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