National

Couillard promet de «rééquilibrer le rapport de forces»

QUÉBEC – Philippe Couillard a réitéré jeudi sa promesse de «rééquilibrer le rapport de forces» entre les municipalités et leurs employés en matière de relations de travail, mais il est resté vague sur les moyens qui seront utilisés, évitant de parler d’accorder aux villes le pouvoir de décréter les conditions de travail.

Le premier ministre a tenu ces propos au Centre des congrès de Québec, où se déroulent les assises de l’Union des municipalités du Québec (UMQ), réunissant 1500 délégués.

Il a reçu un accueil des plus bruyants, alors que quelques milliers d’employés municipaux ont tenu jeudi matin une importante manifestation devant l’édifice, sous l’oeil attentif de l’escouade antiémeute.

Les manifestants se sont éventuellement massés à quelques mètres de l’entrée, sous une musique assourdissante, devant un mur de policiers, sans toutefois tenter de pénétrer à l’intérieur.

Dans son allocution, le premier ministre a été avare de détails sur sa promesse, mais ferme sur le ton.

«On s’est engagé à rétablir le rapport de forces en matière de relations de travail au bénéfice des contribuables. Nous allons le faire», a-t-il lancé.

«Mon choix, c’est celui de la confiance envers les élus municipaux. Ma destination, c’est une négociation véritablement libre, parce qu’assise sur un rapport de forces égalisé. Et mon parti pris, mon seul parti pris, c’est le vôtre également, c’est le contribuable, c’est le citoyen, c’est le payeur de taxes», a poursuivi M. Couillard.

Il ne s’est toutefois pas mouillé au sujet d’accorder le pouvoir aux villes de décréter les relations de travail, la raison principale de la manifestation des employés municipaux qui dénoncent vertement une telle possibilité.

Il promet toutefois un projet de loi dès ce printemps.

La veille, le ministre des Affaires municipales, Martin Coiteux, n’avait pas non plus voulu parler de décret des conditions de travail, rappelant que la signature du gouvernement dans le dernier pacte fiscal — qui demandait des compressions financières importantes aux municipalités, soit 1,2 milliard $ sur quatre ans — se limitait à rétablir le rapport de forces, en se servant du «meilleur moyen» disponible.

Jeudi, le nouveau président de l’UMQ, Bernard Sévigny, aussi maire de Sherbrooke, a été plus conciliant que sa prédécesseure, Suzanne Roy, qui disait la veille que le pouvoir de décréter les conditions demeurait justement «le meilleur moyen».

M. Sévigny convient qu’il y a un flou sur ce qui va être fait.

Mais il croit que l’essentiel est de trouver «la meilleure formule». Quant à savoir si cela correspond à un pouvoir municipal de décréter ou à un autre véhicule, «l’important est de rééquilibrer le rapport de forces», a-t-il dit.

Les deux partis d’opposition, le Parti québécois (PQ) et la Coalition Avenir Québec (CAQ), ont reproché au gouvernement Couillard d’être revenu sur une promesse faite aux municipalités.

«Le gouvernement agit par essai-erreur et ne sait toujours pas quoi faire», a lancé jeudi François Legault, le chef de la CAQ.

Même le maire de Québec, Régis Labeaume, qui tenait mordicus à ce pouvoir, a été moins mordant jeudi. Interrogé à savoir s’il craignait que le gouvernement ne l’accorde pas, il a dit avoir été rassuré par le premier ministre, tout en reconnaissant qu’il y avait «peut-être un obstacle légal potentiel».

Le maire de Montréal, Denis Coderre, a indiqué jeudi qu’il était prêt à évaluer toutes les options, et pas uniquement un pouvoir de décret.

Escouade antiémeute

En matinée, le Service de police de la ville de Québec (SPVQ) a déployé des membres de l’escouade antiémeute et des policiers de contrôle de foule devant les entrées du Centre des congrès, après que des manifestants eurent franchi la clôture installée devant l’édifice.

Aucun incident n’a été rapporté. Le boulevard René-Lévesque qui sépare le Centre des congrès de l’Assemblée nationale était toutefois complètement bloqué en matinée par les manifestants et des dizaines d’autobus.

Le maire Labeaume s’est moqué de la manifestation qu’il a jugée «ratée». Il a souligné que 15 000 manifestants avaient été annoncés et il évaluait leur nombre bien en-deçà. «Un flop», a-t-il laissé tomber.

Des représentants de divers syndicats d’employés avaient tenu, peu avant 8h00, une conférence de presse parmi les manifestants.

Le président de la Fédération des travailleurs du Québec (FTQ), Daniel Boyer, a déclaré à ce moment que si les municipalités du Québec subissent des baisses de transferts d’argent du gouvernement du Québec dans le cadre du nouveau pacte fiscal, ce n’est pas aux employés à en faire les frais, a-t-il ajouté.

En entrevue plus tard avec La Presse Canadienne, il a affirmé qu’il n’y a aucune nécessité d’accorder ce pouvoir de décret des conditions de travail aux maires.

«S’il y avait des négociations qui traînaient en longueur, et des conflits qui s’étirent puis des vidanges qui traînent partout (…) je vous dirais qu’il y a peut-être un motif pour que le gouvernement regarde quelque chose», a dit M. Boyer.

Mais alors que le gouvernement évalue ses options, les syndicats craignent aussi sa possible solution de rechange: l’imposition d’une formule d’arbitrage qui ne laisserait aucune marge à la négociation.

Car les employés municipaux ont droit à la grève, comme les autres, a fait savoir Denis Bolduc, le secrétaire général du SCFP-Québec.

Les villes peuvent se servir de la loi sur les services essentiels, dit-il, pour faire valoir qu’il n’y a actuellement pas de déséquilibre dans le rapport de forces. Il y en aura toutefois un si les municipalités obtiennent de nouveaux pouvoirs, juge-t-il.

Articles récents du même sujet