In Libro Veritas
12:08 7 janvier 2021 | mise à jour le: 7 janvier 2021 à 15:36 temps de lecture: 4 minutes

Bah, c’est Donald…

Bah, c’est Donald…

Début de 2014, bureau de mon éditrice de l’époque, feu Marie-Pierre. On cherche un titre à mon bouquin portant sur les violations politiciennes, et parfois médiatiques, de la règle de droit.

Son visage, soudain, s’illumine : j’ai trouvé! La fin de l’État de droit!

-Pas question. J’aurai l’air d’un parfait débile.

-Eh ben….c’est quand même ce qui sous-tend ton propos, mon cher Frédéric.

-Bah…euh…pas tant, quand même..

-Ah ben si….totalement. Il faut s’assumer, maintenant.

-C’est ce que j’aurai l’air d’un alarmiste fini. Les exemples du livre sont nombreux, mais rien de si épouvantable non plus. C’est plus la tangente, qui est inquiétante.

-Stephen Harper et ses attaques envers la Cour suprême et les médias, le contrôle de l’info, les mensonges, ce n’est pas épouvantable, ça? Et l’affaire Khadr? Et Charest et sa Loi 12? T’écris pourtant le contraire…

-Oui, je sais, mais de là à prédire la fin de l’État de droit, y a une marge, quand même…

-Sauf si tu as raison sur la pente glissante, voilà ce qui arrivera.

-Bah…

-Alors voilà, un compromis : on intitulera le bouquin « La fin de l’État de droit? », avec un point d’interrogation.

-Bah….

***

Deux ans plus tard, débarque, aux suites d’une campagne présidentielle d’une absurdité consommée, Donald Trump. La formule Harper, sauce USA. Think Big, s’ti. Attaques incessantes envers les tribunaux et les médias, mensonges publics en intraveineuse (une vingtaine au quotidien, selon le bullshit-ô-mètre officiel) et, peut-être surtout, des appels et mesures épidémiques à la haine, la division et autres bigoteries style marché aux puces. Merci, en trop grande partie, aux nouvelles vedettes de la Ligue Nationale Politique : les réseaux sociaux.

Attaques frontales et continues, donc, des socles de l’État de droit, lui-même fondation de nos démocraties : respect des institutions, du droit à l’information, des minorités.

Pendant le déluge sectaire, hier après-midi, un commentateur de Radio-Canada scandait à répétition qu’il s’agissait «d’images tristes». En un sens, oui. Mais ce qui l’est davantage réside plutôt en notre propre indolence face à ces bêtises stratosphériques. En la banalisation de ces agressions quotidiennes de nos valeurs sociétales.

Un gars qui interdit l’entrée aux USA de ressortissants de pays musulmans? Bah, c’est Donald.

Qui propose de ficher ces mêmes Musulmans, sauce étoile de David? Bah, c’est Donald.

Qui personnifie le concept même de conflit d’intérêts en utilisant ses fonctions de président pour ses propres avantages financiers, famille incluse? Bah, c’est Donald.

Qui mitraille des propos et actions racistes à une vitesse intersidérale, qualifiant même certains pays de «shit hole»? Bah, c’est Donald.

Qui stimule les p’tits zizis des groupes fachos, leur lançant même des indécents « we love you! » une fois ses appels à la violence entendus? Bah, c’est Donald.

Qui martèle s’être fait voler l’élection, alors que l’ensemble des juges impliqués, incluant ceux nommés par lui, statuent sans ambages le contraire? Bah, c’est Donald.

Qui menace les autorités de la Georgie de lui «trouver» les 11 780 votes manquants? Bah, c’est Donald.

Voilà ce qui, à mon avis, est le plus triste. L’acceptation d’un personnage plus dégueulasse que nature. Le réel qui dépasse l’art, en quelque sort.

Et le plus triste de chez triste? Que le gros facho déchu laissera, sur la table de la démagogie et pour fin de mimétisme, son livre de recettes.

Si Marie-Pierre était encore parmi nous, je l’aurais appelée, hier : t’avais raison. Fuck le point d’interrogation.

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