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Itinérance: le fédéral prolonge un programme in extremis

Gregor Robertson
Gregor Robertson Photo: Facebook - Gregor Robertson

Le gouvernement fédéral a annoncé mercredi le prolongement d’un programme pour lutter contre l’itinérance, trois mois après l’avoir laissé prendre fin. Les sommes sont accueillies, mais les dégâts sont faits soulignent des organismes.

Le fédéral injectera 125 M$ cette année dans l’Initiative de lutte contre l’itinérance hors refuge et les campements (ILIHRC), soit le même montant que les deux années précédentes. L’ILIHRC finance les plans de réponse communautaire aux campements (PRCC) du gouvernement du Québec. C’est ce programme qui devait prendre fin hier.

«En réaffectant ce financement, nous nous assurons que les collectivités disposent des ressources nécessaires pour accroître l’offre de logements et aider les personnes à accéder à un logement plus sécuritaire et plus stable», affirme Gregor Robertson, ministre du Logement et de l’Infrastructure, dans un communiqué de presse.

Aucun mot sur l’autre programme fédéral amputé, Vers chez soi. Le ministre Robertson n’a pas non plus pris les questions des journalistes mercredi.

Mardi, le gouvernement du Québec a dit prendre le relais pour le financement fédéral des PRCC. Il n’est pas clair si l’argent fédéral remplacera la promesse provinciale.

«Selon ma compréhension, ces sommes s’additionnent», a avancé la mairesse Soraya Martinez Ferrada.

Trop peu trop tard?

L’annonce fédérale arrive le jour-même que cinq organismes du Centre-Sud et un autre opérant dans Verdun et le Sud-Ouest ont annoncé des licenciements. Plusieurs des départs sont déjà effectifs, réduisant du coup la capacité d’intervention de ces organismes au sein des personnes en situation d’itinérance.

Contactés par Métro, certains de ces organismes soulignent que l’annonce ne change rien aux licenciements. L’argent ne sera pas versé avant plusieurs mois, et ils ne savent même pas s’ils y auront accès.

Puis, il faudra convaincre les gens qui sont partis de revenir.

«On va travailler fort pour ramener le service là où il était, mais ça va dépendre du nombre de postes qu’on va pouvoir financer et de notre capacité à attirer des travailleurs», souligne Alexandre Dumont-Blais, directeur général de RÉZO.

M. Dumont-Blais a dû licencier sept personnes aujourd’hui. La majorité de ces personnes intervenaient auprès de gens de la diversité sexuelle dans le programme Travail du sexe de l’organisme, lequel rejoint principalement une clientèle itinérante, souligne M. Dumont-Blais.

Il déplore que les organismes communautaires comme le sien doivent constamment opérer dans l’inconnu, ne sachant pas si leur financement sera prolongé.

«On est dans un yoyo. Je reste optimiste pour la suite. Mais ça crée de l’instabilité dans les organismes communautaires, autant chez les employés que pour l’offre de services.»

Même son de cloche du côté de Mélissa Ait Aïssa, à l’Auberge du coeur Le Tournant.

«Ça fait deux ans qu’on fait des sorties pour dire qu’on doit avoir financement récurrent. Pendant ce temps, on doit dire à nos jeunes que leur intervenant ne sera peut-être pas là bientôt. C’est triste.»

Enquête publique du coroner

L’annonce fédérale survient le jour du déclenchement d’une enquête publique du coroner sur les décès de personnes en situation d’itinérance. Cinq personnes sont décédées récemment dans la métropole, selon le coroner.

Deux personnes sont notamment décédées la semaine dernière, déclenchant un cri du coeur de la mairesse.

Parallèlement, un groupe d’organismes communautaires est en grève depuis la semaine dernière. Le mouvement «Le communautaire à boutte» réclame justement un financement plus stable des organismes. Ils réclament aussi le départ de la ministre responsable du dossier, Chantal Rouleau.

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