Carrières

Le pari d’une entreprise responsabilisée

Le pari d’une entreprise responsabilisée
Photo: Arianne Nantel GagnonL’équipe de conseillers de Coboom, dont Clara, de l’escouade canine

Des employés qui définissent eux-mêmes leurs tâches, leurs horaires et leurs salaires, ça existe à Montréal.

En troquant l’organisation traditionnelle de son entreprise pour un modèle autogéré, Catherine Dubé a fait le plus gros pari de sa vie. Aujourd’hui, son équipe se porte à merveille, et le chiffre d’affaires de Coboom aussi!

Héritière d’une entreprise familiale de services et conseils spécialisés en croissance et en profitabilité pour les PME de Montréal, Catherine Dubé a eu une révélation en 2016.

«La majorité des postes de direction existent seulement parce que la mission, la vision et les valeurs de l’entreprise ne sont pas claires et connues de tous, et parce que les systèmes, les processus et les règles de gestion sont déficients ou inexistants», explique-t-elle dans son livre Cobook – Notre révolution d’affaires: l’entreprise responsabilisée.

Pour remédier aux absurdités qu’elle observait dans l’organisation de nombreuses entreprises, à commencer par la sienne, et pour replacer l’humain au centre de ces systèmes qui vont trop souvent à l’encontre de leurs aspirations, l’entrepreneure a décidé de donner un grand coup de pied dans la fourmilière. Sa nouvelle organisation solliciterait l’intelligence collective et non plus seulement celle du patronat.

Demander aux employés, tout simplement

«Je ne cessais de me demander comment rendre mes employés plus heureux sans que cela nuise à la productivité de mon affaire, dit-elle. Pour le savoir, le plus logique était tout simplement de le leur demander et de les placer au cœur du processus décisionnel dont ils étaient trop souvent exclus. Qui de mieux que les personnes directement concernées sur le terrain pour savoir de quoi elles ont besoin?» demande Catherine Dubé.

Pour lâcher prise et donner plus d’autonomie aux membres de son équipe, Catherine Dubé a effectué un véritable travail sur elle-même. «Je me suis fait accompagner par un coach à l’externe, qui m’a aidée à distinguer ce qui est bien pour mon entreprise de ce qui m’affecte personnellement», explique-t-elle.

Son équipe a ensuite traversé plusieurs étapes de transition vers un modèle autogéré, résumées ainsi:

  • Définir les valeurs et la mission de l’entreprise.
  • Instaurer un climat de confiance et de communication.
  • Déléguer le pouvoir graduellement.
  • Laisser le temps aux employés de se réaliser, de prendre des initiatives, de faire des essais, mais aussi des erreurs.

Responsabilisation d’une entreprise

La responsabilisation d’une entreprise ne se fait évidemment pas en un claquement de doigts. «Aujourd’hui encore, il nous arrive de constater qu’on a oublié d’envoyer tel dossier ou de répondre à tel client à cause d’une faille dans l’organisation, dit Catherine Dubé. C’est important de ne pas s’arrêter à ces erreurs, mais d’en tirer des leçons et de s’améliorer avec le temps.» 

Pour déléguer les responsabilités anciennement réservées aux patrons, l’entreprise Coboom a créé 7 «cellules» de 3 à 12 personnes chargées d’une activité de l’entreprise, soit Ventes, Marketing, Développement organisationnel, Expérience client, Réseau Coboom, Administration et Recherche-Développement.

Chaque cellule a ses règles, compatibles avec les valeurs et la mission de l’entreprise, ainsi qu’une multitude de «chapeaux» qui représentent les tâches internes. Dans la cellule Marketing, par exemple, le chapeau réseau social est un processus bien défini. 

Les membres de la cellule se répartissent les chapeaux et les gèrent en autonomie totale. Si quelqu’un est malade, ses collègues peuvent temporairement se répartir ses chapeaux. Et si personne n’a l’expertise pour s’occuper de tel chapeau, l’entreprise fait appel à un sous-traitant, à un programmeur pour le site web, par exemple.

Trois ans après le début de sa transition, Coboom affiche un gain de productivité de 50%, et ses employés se disent tous plus heureux. Sollicités à leur juste valeur, libres de gérer leurs horaires et d’employer les méthodes qui leur semblent les plus efficaces, ils bénéficient aussi d’un accès transparent aux finances de l’entreprise et d’une voix pour déterminer le montant de leur salaire. Abusent-ils de leurs nouveaux pouvoirs? «Non, affirme Catherine Dubé. Pourquoi un employé voudrait-il placer son entreprise dans une situation qui mettrait son poste en danger ?»

En considérant ses employés comme des ressources intelligentes et créatives, Catherine Dubé a réussi son double pari: améliorer la qualité de vie de tous et la prospérité de son entreprise. Coboom consacre désormais le tiers de son activité de services et conseils aux entreprises à accompagner ses clients dans des changements visant à rendre leurs affaires plus humaines.

Quelques entreprises qui ont adopté le modèle autogéré

  • Décathlon
  • Spotify
  • Harley-Davidson
  • Régitex (textile québécois)