Culture
20:22 2 février 2017 | mise à jour le: 3 février 2017 à 00:11 temps de lecture: 3 minutes

Ceux qui font les révolutions…: Lendemains difficiles

Ceux qui font les révolutions…: Lendemains difficiles
Photo: K-Films Amérique

C’est un portrait sans concession du Québec contemporain que dresse Ceux qui font les révolutions à moitié n’ont fait que se creuser un tombeau, de Mathieu Denis et Simon Lavoie.

Les deux cinéastes avaient déjà exploré ces thématiques – jeunesse, identité et politique – dans Laurentie, et ils récidivent avec une fiction encore plus foisonnante en s’intéressant aux luttes quotidiennes de quatre complices.

«On s’est pris à imaginer ce qu’étaient devenus ceux qui auraient tant cru que les choses allaient changer pendant le Printemps érable, raconte Simon Lavoie. On ne pouvait pas croire que tout le monde avait accepté une petite job de comptable et que ça faisait partie des souvenirs.»

Quelques irréductibles se tiennent toutefois encore debout, cherchant à être idéalistes malgré le désengagement et le cynisme ambiants. «C’est une question qu’on se pose, admet Mathieu Denis, dont le précédent film, Corbo, nageait dans des eaux similaires. Nos protagonistes essaient désespérément de trouver un moyen de changer le monde dans lequel ils vivent. Mais ce qui rend ce changement difficile, c’est qu’ils sont prédéterminés par le monde dans lequel ils vivent.»

Le drame baroque d’une durée de trois heures et des poussières ne manque pas d’ambition. Il est porté par un désir de convoquer les arts à l’écran (danse, théâtre, musique, littérature), laissant une place prépondérante aux citations et aux archives, dépouillant les corps d’une façon poétique. De quoi retrouver l’esprit intellectuel et sensoriel d’un Godard, d’un Groulx ou d’un Sophocle.

«On a écrit un scénario mettant en scène de jeunes révolutionnaires qui refusent toutes les conventions de la société dans laquelle ils vivent : la forme de notre film devait faire écho à leur mode de vie, maintient Mathieu Denis. On n’aurait pas pu faire un film hyper classique pour mettre en scène ces personnages-là. Il fallait que sa forme s’affranchisse des règles et des normes de ce qu’on considère un film aujourd’hui.»

«À l’instar de nos personnages, on avait une soif de liberté. On avait envie de se permettre des audaces. On ne voulait pas intellectualiser les choses pour se ramener à la raison.» –Mathieu Denis, coréalisateur

Tout ou rien
Ceux qui font les révolutions à moitié n’ont fait que se creuser un tombeau ne laissera personne indifférent. Le brûlot radical traite d’importantes questions de société sans mettre de gants blancs.

«C’est un discours qui peut être difficile à moduler, reconnaît Simon Lavoie. On se débattait pour que le film ait du retentissement et qu’il dise quelque chose. Mais la pudeur et les limites du bon goût n’allaient pas nous empêcher d’être tantôt directs, tantôt cabotins, graves ou légers. On avait la volonté de ne pas faire quelque chose de lisse. C’est sûr que nommer les choses, parfois ça rend les gens inconfortables ou ça nous expose à un manque de subtilité. Sauf que ce n’est pas un film didactique. C’est un film expressif qui parle de son temps, mais qui ne prétend pas détenir la vérité.»

Ceux qui font les révolutions à moitié n’ont fait que se creuser un tombeau
En salle dès vendredi

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