Culture

Tiken Jah Fakoly: soldat de la démocratie

Photo: Collaboration spéciale

L’icône du reggae contemporain Tiken Jah Fakoly viendra nous faire chalouper sous le ciel étoilé de Montréal à l’occasion du 26e Festival International Nuits d’Afrique.

S’il n’arbore pas le carré rouge, histoire de ne pas s’ingérer dans les affaires internes d’autrui comme ces Occidentaux en Afrique, le grand sorcier du reggae encourage néanmoins les étudiants à utiliser ses chansons gratuitement et les assure de son soutien. Ce qui n’est pas étonnant lorsque l’on sait que l’artiste est un grand promoteur de l’éducation et qu’il passe une bonne partie de son temps à œuvrer à la construction d’écoles en Afrique.

Chose indispensable pour que le peuple acquière les connaissances nécessaires à la prise de conscience, prélude à la révolte face à une certaine mainmise étrangère. Car, en sa qualité de reggae man issu de l’école Marley, Fakoly incarne à lui seul la figure de l’artiste engagé. Au point où il a été expulsé de son pays natal, la Côte d’Ivoire, avant de trouver refuge au Mali.

Pas question pour lui cependant de se lancer officiellement en politique, à l’instar de ses confrères Wyclef Jean, candidat aux présidentielles en Haïti en 2010, et Youssou N’Dour, nouveau ministre de la Culture et du Tourisme du Sénégal. «Je pense que ce sont des gens qui ont des choses à dire et qui, par leur action, montrent que l’artiste n’est pas seulement un amuseur public. Il peut passer au premier plan et renvoyer une image positive des artistes. Mais moi, ça ne fait pas partie de mes projets. Celui qui m’a initié, Bob Marley, n’était ni ministre ni président de la république. Par l’intermédiaire de sa musique, il a pris position pour la majorité des Jamaïcains ou son public et, s’il avait été ministre, il n’aurait pas eu la possibilité de le faire. J’ai donc, pour le moment, l’intention de poursuivre son combat», confie l’artiste dont le discours s’inscrit vigoureusement en faveur de la création des États-Unis d’Afrique et rappelle, au passage, que si un Noir a pu devenir président des États-Unis, c’est aussi grâce aux luttes de militants comme Malcom X et Martin Luther King.

Et lorsqu’on lui souffle qu’à une époque il chantait «la gauche, la droite, c’est la même chose», Tiken Jah, qui se réjouit de la défaite de Sarkozy, rigole en précisant qu’il n’est plus de cet avis. Mais quel avenir envisage-t-il alors pour ce continent qu’il porte en lui comme d’autres, un drapeau? «Je me bats d’abord pour la démocratie. Pour le moment, c’est ça qui compte, en plus de montrer du doigt, au monde entier, les injustices dont l’Afrique est encore victime. Il faut dire au peuple que c’est lui qui détient le pouvoir», lance-t-il avant de dénoncer le peu de cas que l’on fait de la voix africaine à l’ONU, notamment dans la crise syrienne. Qu’à cela ne tienne, «je suis un soldat de la liberté, lance Tiken Jah. Je me bats pour que les droits des Africains soient reconnus. Moi, ma tribune, mes Nations unies, c’est la scène!» Il est des ambassadeurs plus inspirants que d’autres…

Tiken Jah et Nuits d’Afrique
«C’est un grand honneur pour moi de le parrainer, ce festival, car tout le monde le connaît au Canada et aussi aux États-Unis, où on en parle, dit Tiken Jah Fakoly à propos de son rôle de parrain du festival. C’est avec beaucoup de fierté que je viens représenter le continent africain à Montréal. J’avais été impressionné, la première fois que je suis venu, en 2000, après avoir vécu longtemps en France où, lorsque je disais bonjour à une mémé, elle croyait que je voulais lui piquer son sac à main! J’ai trouvé chez les Montréalais une chaleur (en été) qui me rappelle l’Afrique et le contact chaleureux qu’y entretiennent les gens. Je pense aussi que les Québécois, en raison de leur histoire, comprennent mieux que d’autres ce que je raconte dans mes chansons.»

Tiken Jah Fakoly
Parterre du quartier des spectacles
Dimanche à 21 h 30

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