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Rafaël Ouellet présente le film Derrière moi

Geneviève Vézina-Montplaisir, Métro

Quand on pense à la prostitution juvénile, on pense souvent aux jeu­nes filles d’Europe de l’Est à qui l’on promet mer et monde en Amérique ou ailleurs et qui finissent souvent par faire le trottoir. On pense aussi à de jeunes filles provenant de milieux défavorisés qui se font vite entourlouper par des gangs de rue.

Mais il y a aussi la prostitution juvénile plus insidieuse qui prend au piège des adolescentes de bonnes familles habitant dans un coin perdu croyant à la vie plus palpitante qu’on leur fait miroiter. Et c’est souvent une prostituée, qui leur promet du bon temps dans la grande ville dont elles ne reviennent jamais.

C’est le cas de Léa, dans le film de Rafaël Ouellet, Derrière moi. À 14 ans, cette petite ingénue s’ennuie dans son village. Elle ne s’intéresse pas aux garçons et travaille durant l’été au casse-croûte de sa grand-mère. Quand elle rencontre la belle Betty, 23 ans, elle est impressionnée par sa nouvelle amie, qui a plein d’expériences à lui raconter et, surtout, à lui faire vivre. Commence alors un road-trip, direction Montréal, qui ne se passe pas du tout comme prévu.

Des histoires comme celle de Léa, il en existe au Québec, elles sont plutôt rares, mais selon les recherches faites par le réalisateur Rafaël Ouel­let, elles sont plus courantes qu’on le croit.
Malgré son désir de véracité, le jeune réalisateur, qui présente son deuxième long métrage, avait surtout le goût d’explorer les subtilités de la relation de pouvoir, cette violence invisible, entre deux femmes. «Dans plusieurs de mes courts et longs métrages, j’ai souvent traité de relations entre deux femmes, que ce soit entre deux sÅ“urs ou entre une mère et sa fille, explique celui qui avait été récompensé en 2007 aux Rendez-vous du cinéma québécois pour son premier film Le cèdre penché. Je trouve que c’est un sujet riche.»

Les actrices à Dégelis
Fort de ce sujet riche, le cinéaste a construit son histoire sans avoir en tête les visages des comédiennes qui allaient incarner Léa et Betty. C’est lors des auditions qu’il a trouvé en Charlotte Legault et Carina Caputo ses deux actrices principales.

«Pour le rôle de Léa, j’ai rencontré 40 filles : des actrices professionnelles et non professionnelles. J’étais ouvert à tout, souligne Rafaël Ouellet. Charlotte, avec ce côté un peu naïf, avait une formation en jeu, mais n’avait jamais joué dans un film. J’ai aimé son côté brut. Pour le rôle de Betty, j’ai rencontré entre 20 et 30 filles. J’en ai vu de toutes sortes, même des escortes, dont plusieurs étaient, curieusement, très bonnes. Carina était vraiment la meilleure, même si j’avais imaginé Betty plus dynamique, plus party animal. Elle n’avait pas ce côté-là, mais elle avait un côté mélancolique qui a enrichi le personnage.» Partant avec ses comédiennes et son équipe technique à l’été 2007, le réalisateur s’est rendu à Dégelis, un petit village du Bas-du-fleuve pour effectuer son tournage.

Pourquoi Dégelis? Parce que c’est la ville natale de Rafaël Ouellet, et qu’il y trouve toujours toutes les ressources nécessaires, et souvent gratuitement, pour faire tous ses films. «J’ai tourné à Dégelis parce que je n’aime pas conter des histoires qui se passent à Montréal, expli­que celui dont le film a été présenté au Festival international des films de Toron­to ainsi qu’au Festival du nouveau cinéma en octobre. En plus, ça fait de nouveaux paysages à l’écran. Les gens de la place sont prêts à contribuer. Si je veux tourner dans un resto, je n’ai pas besoin d’un permis, je vais demander au propriétaire et c’est OK. Les ressources sont faciles à aller chercher. Je couche chez ma mère! Je peux faire des économies considérables.»

Rafaël Ouellet a d’ailleurs tourné là-bas son troisième film, New Danemark, qui devrait sortir en salle cette année, peut-être en même temps que le nouveau film de son ami Denis Côté, Carcasses, dans un genre de programme double à la Grindhouse.

Derrière moi
En salles dès aujourd’hui  

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