Soutenez

Serveuses demandées: Dans un bar de danseuses près de chez vous

Geneviève Vézina-Montplaisir, Métro

Elles ont quitté leur Brésil ou leur Haïti natals pour venir étudier au Québec et, après des années sur les bancs d’école, après un visa étudiant expiré, un compte en banque vidé, ces filles venues d’ailleurs se retrouvent souvent dans les bars de danseuses nues pour essayer de survivre. Elles sont sans-papiers, elles doivent travailler au noir, elles ne veulent pas retourner dans leur famille soit parce qu’elles se sont créé un univers ici, soit parce qu’elles ne veulent pas décevoir leurs proches.

C’est un peu leur histoire que raconte Guylaine Dionne dans son film Serveuses demandées.

La cinéaste y expose la quête de Priscilla (Janaina Suau­deau) qui, dans cette situation vécue par tant d’autres, fera la rencontre, au club l’Élixir, de Milagro (Clara Furey), une jeune Québécoise avec qui elle nouera une amitié amoureuse. Mais celle-ci cache de lourds secrets qui pèseront sur leur relation.

Professeure de cinéma à l’Université Concordia, Guylaine Dionne a été en contact avec ces étudiantes qui se retrouvent sans ressources une fois leurs études terminées et leur visa expiré.

C’est pour donner un visage à ces femmes que la cinéaste a réalisé Serveuses demandées.

«Je voulais qu’on en parle, qu’on ouvre un dialogue pour trouver des solutions, parce que c’est quand même dommage de penser que ces filles-là vont se retrouver dans une situation illégale, affirme-t-elle.  Il y a un trou entre le moment où elles demandent leur résidence permanente et celui où elles l’obtiennent. Elles vont alors travailler au noir et se faire prendre. C’est pour transcender les tabous et les préjugés que j’ai fait ce film.»

Les interprètes
La réalisatrice, qui a fait le tour des festivals avec son premier long métrage de fiction, Les fantômes des trois Madeleine, ainsi qu’avec ses documentaires et ses courts métrages, a organisé des auditions au Brésil, à Paris et à Montréal pour trouver les interprètes de ses personnages. C’est en la personne de Janaina Suaudeau, une actrice d’origine brésilienne étudiant au Conservatoire national supérieur d’art dramatique de Paris, qu’elle a trouvé celle qui allait incarner Priscilla.

«Je l’ai choisie parce qu’elle étudiait loin de chez elle et qu’elle connaissait la situation des étudiantes étrangères, explique Guy­laine Dionne. Elle m’a aussi raconté qu’elle a hébergé des amies qui faisaient la même chose qu’elle dans le film (danser nue).»

Pour jouer la mystérieuse Milagro, la cinéaste a fait passer quelques auditions, mais elle a finalement fait appel à la danseuse contemporaine Clara Furey, qui a fait ses débuts au grand écran dans le film CQ2, réalisé par sa mère Carole Laure.

«Clara possède une beauté unique, souligne-t-elle. Elle dispose d’une personnalité atypique rebelle qui appartient au personnage. J’ai été séduite tout de suite. Elle comprenait aussi l’amitié amoureuse avec une femme et, quand on transcende les tabous, il faut que ça soit crédible.»

La jeune comédienne, qui consacre davantage son énergie à la danse et à la musique, a décidé de récidiver au grand écran seulement parce qu’elle a aimé le scénario de Guylaine Dionne, la carrière d’actrice n’étant pas le but de la jeune artiste.

«J’ai été touchée par l’histoire, raconte-t-elle. Je trouvais que c’était très bien écrit, avec des zones d’ombres et des dilemmes. C’était également un rôle torturé que l’on m’offrait, ce qui est bien plus intéressant à jouer qu’un rôle où tout va bien. J’ai aussi adoré travailler avec Guylaine. C’était très différent de travailler avec ma mère!»

Pour compléter la distribution principale de son long métrage, Guylaine Dionne y est allée avec de plus grosses pointures. Anne Dorval a accepté d’interpréter la mère de Milagro, et Colm Feore, celui du caporal Connor.

L’actrice québécoise, qui incarne une jeune grand-mère, a accepté d’être présenter sous un jour différent dans Serveuses demandées.

«Je veux travailler avec des gens qui vont m’amener ailleurs, qui vont me faire faire des choses différentes, qui n’ont pas peur de ce que je suis, qui ne veulent pas me cantonner dans un moule, affirme Anne Dorval. Dans ce sens, je trouvais ça audacieux de la part de Guylaine de m’appeler et de m’offrir ce rôle tout en retenue, très effacé.»  

Serveuses demandées
En salle vendredi

Articles récents du même sujet

Mon
Métro

Découvrez nos infolettres !

Le meilleur moyen de rester brancher sur les nouvelles de Montréal et votre quartier.