Dans l'ombre des gangs de rue
À 16 ans, le neveu du cinéaste Jephté Bastien est mort d’une balle dans la tête, à Notre-Dame-de-Grâce. Le réalisateur d’origine haïtienne a décidé de lui dédier son premier long métrage, Sortie 67, dont le tournage bat son plein dans un appartement du quartier Hochelaga-Maisonneuve.
Sortie 67 raconte l’histoire de Ronald Paquet, un jeune homme métis vivant dans le quartier Saint-Michel qui sera témoin du meurtre sauvage de sa mère par son père. Ronald sera alors pris dans le cercle vicieux de la violence et se joindra à une gang de rue. Viendra un moment où il devra faire le choix de continuer sa chute libre ou de se prendre en main.
Vendredi, l’équipe de tournage s’affairait à mettre en place la scène qui va faire basculer dans un sens ou dans l’autre la vie du jeune homme interprété par Henri Pardo : une scène de viol.
D’après le producteur délégué Nicolas Comeau, le film de Jephté Bastien fera réagir quand il prendra l’affiche quelque part en 2010. En raison de son sujet actuel, soit l’univers des gangs de rue évoluant dans des quartiers multiculturels défavorisés, il devrait faire l’effet d’un coup de poing.
«Sortie 67 est le premier film haïtien québécois, si on fait abstraction des films de Dany Laferrière, qui sont d’un tout autre registre, souligne-t-il. Sortie 67 n’est pas un film tiède. Il est vrai, il est cru.»
Une authenticité accrue, selon lui, par le fait qu’il n’y a pas de têtes connues dans la distribution.
L’heure des choix
Cependant, Jephté Bastien assure que le film dont il signe également le scénario n’a rien d’un documentaire.
Ce long métrage de fiction dont il a entamé l’écriture depuis plus de deux ans sera toujours d’actualité, considérant les événements de Montréal-Nord qui se sont déroulés il y a bientôt un an.
«Je veux conscientiser les gens avec mon film, assure-t-il. Je souhaite installer un dialogue et montrer que peu importe dans quelle situation de violence on se trouve, on peut faire le choix de s’en sortir.»
L’interprète du personnage principal, Henri Pardo, abonde dans le même sens et explique qu’au-delà de l’univers des gangs de rue, Sortie 67, montre comment on peut se sortir de ses organisations criminelles. Un film nécessaire selon lui.
«C’est un film qui va nous montrer ce qui se passe ailleurs que sur le Plateau et dans les campagnes québécoises», dit celui qui tient pour la première fois la vedette d’un film.
Réalisé au coût de 1 M$, Sortie 67 met entre autres en vedette les comédiens Benz Antoine et Sophie Desmarais.