La chanteuse la Grande Sophie parle du temps…
La vie nous réserve des obstacles qu’il faut franchir pour avancer. Afin d’y parvenir, la Grande Sophie – qui se produit demain à Montréal dans le cadre de Coup de cœur francophone – a ressenti l’urgence de créer un album salvateur.
«Car dans la vie, la solution est souvent en soi», nous dit l’artiste française au sujet de La place du fantôme, son sixième disque, paru au printemps dernier, qui oscille entre l’acoustique et l’électro, la pop et le funk, le folk et le disco, la lune et le soleil, les larmes et la délivrance. Intense.
En écoutant certaines chansons, comme Bye bye etc…, Tu fais ton âge, Ne m’oublie pas, on se demande si vous avez, consciemment, voulu faire un album sur ce qui nous échappe?
Ce qui nous échappe, avant tout, c’est le temps… qui passe trop vite! Thème récurrent depuis mes débuts. Et c’est vrai que cet album reparle de cette obsession-là. Il s’agit aussi d’un moment particulier de ma vie. J’avais besoin de poser ces mots-là, parce que j’ai aussi l’impression, en tant que femme, que le temps prend davantage de place chez moi que chez un homme. Ne m’oublie pas est une chanson plus dadaïste où, effectivement, je parle du temps qui passe avec un collage de mots et des rebondissements.
Il y a aussi la pièce Tu fais ton âge…
Oui, c’est la chanson miroir où je me regarde droit dans les yeux et je dresse un constat, un bilan. Cet album était nécessaire pour cela : arrêter le temps et me demander ce qui se passe. Quelles sont mes sensations? Je suis vraiment allée fouiller au fond de moi. C’est avant tout un album intime.
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Serait-ce l’album de la quarantaine assumée dans un monde soumis au règne de l’image et du jeunisme, dans lequel il est de plus en plus difficile de vieillir?
Oui, c’est ça! Nous sommes totalement dans l’image. Voilà pourquoi une chanson comme Ma radio célèbre ce médium, qui est encore magique pour moi. Et cela malgré les pubs visuelles que l’ont fait avec les animateurs. On se sert encore de l’image, alors que c’est vraiment mystérieux toutes ces voix. Elles peuvent faire voyager notre imagination. Ce qu’il y a de plus organique et authentique chez une personne, c’est sa voix. On peut trafiquer une image, mais pas une voix. Cela s’entend immédiatement lorsqu’il y a une réserve ou un effet dans la voix. Tandis qu’avec l’image, on ne sait plus ce qui est vrai et ce qui est faux.
Revenons à vos débuts. Vous avez commencé à jouer dans la rue à Marseille…
Ça fait un moment que j’ai quitté cette ville. J’ai fait mes études là-bas, aux beaux-arts et, justement, j’insérais de la musique dans toutes mes sculptures. Dès que les vacances arrivaient, je prenais ma guitare et j’allais chanter sur les plages ou devant les restaurants. Et puisque les gens s’arrêtaient de manger et m’écoutaient, cela m’a donné envie de continuer. Ce fut le déclic qu’il me fallait pour monter à Paris.
Quel genre de répertoire chantiez-vous à ce moment-là? Barbara, peut-être, puisque vous étiez une fan?
Non, je l’écoutais à l’époque, mais je n’osais pas encore la reprendre. Il m’a fallu du temps. J’aime bien chanter des tubes : Alain Souchon, The Cranberries, Prince, les Pretenders, de vieilles chansons aussi, comme Mon amant de Saint-Jean… J’aimais interpréter les succès de l’époque, mais j’écoutais aussi beaucoup de chansons françaises : Les Rita Mitsouko, Charles Trenet. Je fais souvent des grands écarts sur le plan musical. (Rires)
La Grande Sophie
À L’Astral
mercredi à 20 h