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Autochtones et apprentis cinéastes

Geneviève Vézina-Montplaisir - Métro

En 2004, la réalisatrice Manon Barbeau met sur pied le Wapikoni mobile, un véritable studio de production cinématographique sur quatre roues. Cette «roulotte» est équipée de caméras, de micros, mais aussi d’une salle de montage.

Avec tout cet attirail, la cinéaste souhaite pouvoir transmettre son savoir aux jeunes des communautés autochtones pour qu’ils puissent mettre en images leur réalité, dans leur propre environnement.

Avec des formateurs, qui sont souvent de jeunes réalisateurs, elle organise chaque année plus d’une dizaine d’escales d’une durée d’un mois. Celles-ci  mènent son équipe dans une kyrielle de communautés autochtones du Québec.

Mathieu Vachon a été l’un des formateurs du Wapikoni mobile. Il y a fait sa première escale en 2006 et est ensuite resté pendant deux ans dans le village de Kitcisakik, en Abitibi, pour mettre en place un studio permanent du Wapikoni mobile.

Le réalisateur formé à l’INIS présente aujourd’hui son premier documentaire dans le cadre du Festival du Nouveau Cinéma, Wapikoni, escale à Kitcisa­kik, qui témoigne de la rencontre entre les formateurs et les apprentis cinéastes autochtones.

«J’ai voulu me servir de l’initiative du Wapikoni comme un tremplin pour pouvoir partager ce que j’ai connu des communautés amérindiennes, explique le jeune réalisateur. Mon film n’est pas un film corporatif sur le Wapikoni.»

Wapikoni, escale à Kitcisa­­kik montre donc la volonté des jeunes autochtones à mener un projet cinématographique à bien, leur créativité, mais aussi leur problème d’identité. C’est d’ailleurs un des sujets qui revient souvent dans les films réalisés.

«La majorité des membres  des communautés autochtones sont âgés de moins de 18 ans, souligne le cinéaste. Ces jeunes-là sont confrontés au fait qu’ils ne peuvent pas vivre comme leurs ancêtres, dont ils ont perdu presque toutes les coutumes, mais ils ne peuvent pas vivre comme les blancs.»

Ainsi, le documentaire de Mathieu Vachon met en lumière le défi auquel se­ront confrontés ces jeunes, qui vivent souvent dans un climat de violence et de consommation.

Au contact du médium cinématographique et des formateurs qui leur enseignent comment s’en servir, ces jeunes acquièrent ce­pendant quelque chose de très important : la fierté.     
 
«L’impact du Wapikoni mobile,  tu le vois dans leurs yeux, confie Mathieu Va­chon. C’est bon  pour leur estime. D’autant plus que leurs films voyagent partout dans le monde, dans différents festivals. Une telle est allée présenter son film au Brésil, un tel est allé en France. L’image des auto­chtones véhiculée par les médias n’est pas reluisante, moi j’ai voulu montrer une image plus positive.»

Plus jamais pareils
Si les jeunes autochtones sont transformés après le passage du Wapikoni mo­bile dans leur communauté, il en va de même pour les formateurs qui participent au projet. Dans le documentaire, on voit entre autres la réalisatrice Anaïs Barbeau-Lavalette craquer après avoir appris le viol d’une jeune femme dans la communauté de Kitcisakik. On la voit aussi quitter les lieux, les yeux humides, le cÅ“ur gros et la tête remplie de souvenirs impérissables.

«C’est clair que les rencontres faites grâce au  Wapikoni mobile m’ont marqué pour la vie, dit-il. Aller au dépanneur, ça me prenait une heure parce que je m’arrêtais pour parler aux gens. Le rapport au temps est complètement différent. Le rapport à la nature est aussi très présent et précieux.»

Wapikoni, escale à Kitcisakik
Au Cinéma du Parc
Ce soir à 21 h 15, demain à 17 h

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