Culture
12:28 25 septembre 2009 | mise à jour le: 25 septembre 2009 à 12:28 temps de lecture: 4 minutes

Hommes à louer: La prostitution au masculin

Des jeunes hommes, hétérosexuels pour la grande majorité d’entre eux, en couple ou non, certains sur le point d’être père, se prostituent sur une base quotidienne. Oui, les hommes sont aussi amenés à faire le plus vieux métier du monde.

On connaît, certes, le problème de la prostitution féminine, mais celle des hommes est peu connue. Voire même tabou. Afin de leur laisser la possibilité de se confier et de raconter leurs difficultés et leur mal-être, le réalisateur Rodrigue Jean à donner la parole à ces jeunes de Montréal qui s’adonnent à la prostitution. Il a ainsi pu réaliser un documentaire au titre plus qu’explicite: Hommes à louer.

Pendant plus d’un an et demi, des jeunes travailleurs du sexe de Montréal ont raconté leur vie et ce qu’ils subissent au quotidien devant la caméra de Rodrigue Jean.

«J’avais ce désir de donner la parole à ces gens qu’on n’entend jamais, explique le réalisateur. Je trouve qu’ils ont une vision du monde qui est assez juste. Ils ont accès aux gens derrière leurs apparences. Ils les voient dans leurs désirs les plus élémentaires.»

C’est grâce à l’organisme Action Séro Zéro, qui offre des services de santé et de prévention contre le sida, que le réalisateur a pu rencontrer ces jeunes hommes. Au total, il a recueilli plus de 40 témoignages, mais seulement une dizaine apparaissent dans le documentaire.  

Rien à cacher
Au fil des témoignages, Hommes à louer dresse le portrait dérangeant d’une jeunesse sacrifiée qui cherche à survivre dans la jungle urbaine. Pris dans la spirale infernale de l’argent facile, ils s’enfoncent dans la drogue pour faire face à la dure réalité de leur vie.

Filmé à visage découvert dans un climat d’intimité, le film accueille la parole «hors-la-loi» de ces jeunes et les accompagne là où ils veulent bien aller dans leurs confidences.

«Initialement, ils devaient être filmés à visage découvert, mais c’était leur souhait de parler ouvertement, puisqu’ils n’ont rien à cacher», précise le cinéaste.

Les rencontres se sont succédé à intervalles réguliers dans ce lieu ouvert qui n’a d’autre vocation que celle d’accueillir la parole. Un cadre qui favorise l’échange et met en place un rapport aussi égalitaire que possible. Leur réalité apparaît ainsi dans toute sa complexité, et ces visages qui fixent la caméra se chargent d’une humanité bouleversante.

Le projet d’une vie
Le réalisateur, très discret, raconte qu’après son séjour à Londres dans les années 1990, il avait déjà eu l’envie de filmer sur ce sujet, mais le projet n’avait pas pu voir le jour, faute de producteur et de distributeur. Mais aussi parce que le sujet dérangeait.

Qu’à cela ne tienne, l’homme n’abandonne pas son projet. Il le laisse dans un coin de sa tête, le temps de réaliser trois documentaires et deux fictions.

«C’est le projet de toute ma vie, précise-t-il. Toute ma vie, j’ai connu des gens qui faisaient de la prostitution. C’est un milieu que j’ai abordé par hasard, dès que je suis arrivé en ville. J’avais vraiment envie de laisser à ses travailleurs du sexe la possibilité de se défendre.»

Rodrigue Jean a fait le choix de traiter ce sujet sous la forme d’un documentaire d’une durée de 140 minutes pour mettre le spectateur en face de la réalité.

«Je ne pouvais pas le traiter autrement pour qu’il soit aussi réaliste et honnête que possible», lance-t-il.

Hommes à louer
En salle dès aujourd’hui

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