Culture

Entrer dans la danse

Entrer dans la danse
Le grand bal prend l'affiche aujourd'hui

Vivre Le Grand Bal comme si vous y étiez. C’est ce que propose Laetitia Carton avec son délicat nouveau documentaire.

«Il y a des choses exceptionnelles qu’on ne peut plus garder pour soi», lance d’emblée la sympathique réalisatrice française, rencontrée lors des Rendez-vous du cinéma français, à Paris.

Une de ces choses est Le Grand Bal, ce festival de danse traditionnelle qui se tient chaque année en France depuis près de trois décennies. Pendant sept jours et huit nuits, hommes et femmes perdent la notion du temps en dansant à l’unisson, créant une impressionnante unité d’esprit.

«Je vois bien que, dans nos sociétés occidentales, mondialisées, c’est instantané, immédiat, illimité, explique la cinéaste. En fait, on a juste besoin de se toucher, de se connecter les uns aux autres et de se rendre compte qu’on est tous les mêmes, qu’on a les mêmes besoins et des racines communes. J’ai vraiment l’impression qu’on manque de rituels et de moments comme ça, où on ne fait qu’un. On ne l’a plus, à part le foot ou les manifs.»

Sa mise en scène sensuelle propose ainsi une véritable communion des corps, laissant triompher la vie dans de longs plans-séquences.

«Ces danses-là, c’est dans la durée que tu les vis, que tu atteins la transe et cet état de conscience complètement altéré dans le grand corps collectif, insiste la réalisatrice. Si tu fais juste de la danse deux ou trois secondes, que tu essaies tout, que tu fais du zapping comme notre société aimerait qu’on fasse, tu n’accèdes à rien.»

Le moment où le documentaire fricote avec la fiction, qu’on ne sait plus trop où est la limite, c’est le cinéma que je préfère.

Laetitia Carton, réalisatrice du Grand Bal

«J’ai vraiment l’impression de collecter, de capturer des fragments de réel, de vie», poursuit-elle.

Au lieu de suivre une ligne dramaturgique précise et quelques destins particuliers, la caméra embrasse plutôt le flux musical des individus présents, errant au sein des corps en mouvement.

«Je pense toujours mes films comme des tapisseries avec des fils de différentes couleurs et je les tisse, décrit la metteuse en scène. J’essaie de ne pas en oublier un. C’est par cette complexité, ces multiples facettes qu’on peut arriver à toucher un petit peu ce qu’est le Grand Bal.»

La force de cette œuvre chorale est décuplée par quelques bribes de narration poétique, ainsi que par des participants dont les échanges fluides et naturels rompent avec le ton des documentaires usuels.

«On essaie de faire corps avec les gens qu’on filme, pas de se faire oublier, parce qu’on n’oublie jamais la caméra», rappelle l’admiratrice de Frederick Wiseman, d’Agnès Varda et d’Alain Cavalier.

«Je voulais vraiment donner à voir cette sorte de fresque, cette grande humanité qui défile sous nos yeux, conclut Laetitia Carton. Montrer tous ces gens, la beauté de la diversité des regards, des corps, des manières d’être.»