Culture

«Chaakapesh»: un pont entre deux mondes

Chaakapesh
Dans une scène de Chaakapesh, deux artistes inuites exécutent un chant de gorge sous le regard de Kent Nagano. Photo: Fragments distribution

On dit que la musique adoucit les mœurs. Elle peut être aussi un moyen de rapprocher les peuples et de guérir les blessures du passé, si on se fie au documentaire Chaakapesh.

Le long métrage suit l’odyssée de l’Orchestre symphonique de Montréal (OSM) dans sa deuxième tournée du Grand Nord québécois au sein de communautés cries, innues et inuites. 

La troupe menée par le chef Kent Nagano avait sous le bras l’opéra de chambre Chaakpesh, le périple du fripon, né de la collaboration entre le compositeur Matthew Ricketts et le dramaturge cri Tomson Highway
et présenté en ouverture de la saison 2018 de l’OSM.

Cette adaptation d’une légende traditionnelle présente dans plusieurs cultures autochtones a des allures de carrefour des civilisations: un opéra chanté en cri par des Blancs, narré dans trois langues autochtones (cri, innu et inuit), sur une musique classique contemporaine.

Au centre, un homme, Kent Nagano, qui joue les chefs d’orchestre, musicalement et humainement.

«Il a été un visionnaire, soutient le réalisateur et producteur Roger Frappier, qui a suivi l’OSM en compagnie de son co-réalisateur Justin Kingsley. Pour commander un opéra en cri et le présenter en ouverture de l’OSM, ça prenait du courage et de la vision. Et en plus, il a amené son orchestre dans le Nord pour une deuxième fois. Il veut démocratiser l’Orchestre symphonique et il le fait avec une telle ouverture!»

Conçu en plein débat sur l’appropriation culturelle qui a suivi la présentation de SLAV et Kanata, l’opéra Chaakapesh est aussi un exemple de collaboration entre les cultures.

«Chaque participant est arrivé avec une volonté d’ouverture, observe Justin Kingsley. Et ils ont tous apporté quelque chose à partager. C’est ce qui fait que c’est un projet unique et important. C’est définitivement un modèle à suivre. Et ça commence très simplement, avec le respect et l’écoute.»

Le documentaire est lui aussi empreint de ces valeurs. Alors qu’au début, on suit la création de l’opéra à Montréal, la caméra se concentre ensuite sur les communautés rencontrées par le biais des trois narrateurs (Florent Vollant, Akinisie Sivuarapik, Ernest Webb).

«C’est une histoire importante et c’est un film important. Parce qu’il montre des gens d’action, qui sont passés de la parole à l’acte, dans un effort pour rapprocher les gens.» Justin Kingsley, co-réalisateur de Chaakapesh

Chaakapesh
Justin Kingsley

«À partir des interprètes, on est rentré dans la réalité de la vie des Inuits et des Premières Nations. La musique était la porte qui nous permettait d’entrer dans leur vie», résume simplement Roger Frappier. 

Une réalité parfois sombre, marquée par des drames profonds, l’héritage de la colonisation. Mais qui est aussi faite de curiosité et de rencontre avec l’autre, comme en témoignent les artistes autochtones interviewés. «Pour que nos enfants n’héritent pas de nos préjugés», comme le dit Florent Vollant.

«J’aimerais que ce film nous amène à comprendre certaines choses, dit Justin Kingsley. Comprendre ce qui s’est passé véritablement, et qui est responsable, pour que ça ne se reproduise plus jamais. Pour qu’on change de façon de faire. La réconciliation, pour moi, c’est ça, c’est une forme de décolonisation.»

«Ce sont des peuples qui vivent dans des conditions géographiques et climatiques très dures. Des peuples ignorés et exploités par nos gouvernements, mais qui continuent à vivre avec une grande résilience et dans la bonne humeur. On a beaucoup à apprendre d’eux», croit Roger Frappier.

Retour derrière la caméra

Chaakapesh marque un retour à la réalisation pour Roger Frappier, qui a fait sa marque au cours des dernières décennies comme l’un des producteurs de longs métrages de fiction les plus reconnus au Québec.

«Le documentaire est un genre dans lequel j’ai grandi, confie celui qui a notamment réalisé Le grand cirque ordinaire et L’Infonie inachevée dans les années 1970. Avec Chaakapesh, j’avais le goût d’un film plus petit, avec une plus petite équipe, dans lequel on a un contact beaucoup plus direct avec les gens. Et ce projet liait les deux choses que j’aime dans la vie: la musique et les gens.»


Chaakapesh

En salle le 13 décembre

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