Culture
13:53 22 janvier 2021 | mise à jour le: 22 janvier 2021 à 13:54 temps de lecture: 5 minutes

Aux États-Unis comme au Royaume-Uni, l’industrie musicale est en quête de diversité

Aux États-Unis comme au Royaume-Uni, l’industrie musicale est en quête de diversité
Photo: Capture d'écran Youtube

L’industrie de la musique cherche à changer de disque. Après l’onde de choc du mouvement de contestation #TheShowMustBePaused, les professionnels du secteur lancent de nombreuses initiatives pour soutenir les musiciens issus de minorités ethniques.

Les organismes britanniques Sound City, Youth Music, sm-mgmt, CAPLL LTD ont récemment lancé « Rip It Up », un programme de bourses visant à promouvoir la diversité et accueillir une nouvelle génération de talents dans l’industrie. Dix jeunes noirs, asiatiques ou issus d’autres minorités ethniques seront sélectionnés pour suivre pendant six mois des formations professionnalisantes afin de se faire une place dans le milieu. Et le tout avec l’aide de mentors tels que Seye Adelekan de Gorillaz, Nova Twins, Vanessa Bakewell de Facebook, Liam James Ward de l’agence numérique Be-Hookd Digital et Achal Dhillon de Killing Moon Records.

Cette initiative, soutenue par le Youth Music Incubator Fund, espère encourager plus de diversité et d’inclusivité dans le secteur musical au Royaume-Uni. «Les questions autour de la diversité (ou de son absence) sont omniprésentes – je ne pense pas que quiconque avec un cerveau et ayant été témoin des événements des douze derniers mois en particulier (bien sûr, la question est aussi vieille que la société elle-même) ait besoin qu’on lui rappelle ou qu’on le convainque que les préjugés raciaux sont bel et bien réels. La musique étant à l’avant-garde de l’expression culturelle, elle souffre donc encore plus profondément de ces problèmes, voire en bénéficie lorsque la diversité est au premier plan de la stratégie des entreprises musicales», a affirmé Achal Dhillon du label Killing Moon Records.

L’organisme UK Music s’était penché sur ces questions à travers un récent rapport, pour lequel 3670 professionnels de l’industrie avaient été interrogés. Près de 22% d’entre eux sont noirs, asiatiques ou issus d’autres minorités ethniques, alors qu’ils n’étaient que 17,8% en 2018. Malgré cette augmentation encourageante, les professionnels issus de minorités ethniques peinent souvent à grimper les échelons dans le secteur. Ils représentent 42,1% des apprentis ou des stagiaires, mais seulement 19,9 % des cadres supérieurs.

Dans la continuité de #TheShowMustBePaused

Aux États-Unis, ces disparités ont été au centre de l’initiative contestataire #TheShowMustBePaused, que Jamila Thomas et Brianna Agyemang avaient lancée en juin dernier en réaction aux morts de George Floyd, Breonna Taylor, Ahmaud Arbery. Les deux femmes la présentaient comme un appel à l’industrie musicale, «qui a tiré profit de façon prédominante de l’art noir», à protéger et valoriser la communauté noire. De nombreux artistes et géants de l’industrie tels que Warner, Sony et Universal s’étaient joints au mouvement en mettant leurs activités sur pause le temps d’une journée symbolique.

Huit mois plus tard, certains acteurs poursuivent leurs efforts pour promouvoir plus de diversité dans l’industrie. C’est le cas de l’Association américaine de la musique américaine (A2IM), qui a récemment lancé un nouveau programme pour amplifier les entreprises indépendantes de musique dirigées par des Afro-américains. Elles rejoindront gratuitement le réseau de l’A2IM et recevront des billets pour assister à des événements de networking, tels que l’Indie Week et la conférence annuelle de l’A2IM.

De son côté, YouTube a récemment annoncé la création d’un programme de subvention destiné aux créateurs noirs de sa plateforme. Il fait suite au lancement d’un fonds de 100 millions de dollars, #YouTubeBlack, en octobre dernier. Plus de 130 créateurs ont été sélectionnés dans le cadre de l’initiative «#YouTubeBlack Voices Class of 2021», et bénéficieront d’un soutien financier pour accroître leur influence sur la plateforme. «Ces créateurs et artistes s’y efforcent depuis longtemps et sont connus de leurs communautés, mais nous sommes très enthousiastes à l’idée d’investir en eux, et nous pensons qu’ils peuvent et vont devenir des noms incontournables de YouTube», a déclaré Malik Ducard, directeur des partenariats contenus pour la plateforme, durant une conférence de presse.

La double peine des artistes issues de minorités

Parmi eux se trouve une vingtaine d’artistes noirs, dont neuf femmes telles que MC Carol, Yung Baby Tate et Tkay Maidza. Leur position au sein de l’industrie musicale est encore plus précaire que celle de leurs confrères, selon une étude de l’université de Southern California. Si de plus en plus de femmes issues de minorités ethniques arrivent à se hisser dans les charts musicales en tant que chanteuses-compositrices, elles peinent à y apparaître lorsqu’elles sont productrices. Seules huit d’entre elles ont eu cette chance entre 2012 et 2019.

«L’industrie de la musique a pratiquement effacé les productrices, en particulier les femmes de couleur, des hit-parades populaires. Comme les producteurs jouent un rôle créatif de premier plan, il est essentiel de s’assurer que les femmes de tous les milieux sont prises en compte et embauchées dans toute l’industrie», estime Stacy L. Smith, professeure à l’USC et autrice de l’étude.

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