Culture

Encore un été sans pianos publics à Montréal

Photo: Josie Desmarais

Pour un deuxième été consécutif, les Montréalais ne pourront pas pianoter sur les touches des pianos publics de la Ville. L’administration Plante évoque un manque de temps.

Chaque été depuis 2012, flottent dans l’air les notes parfois timides ou assurées des pianos publics montréalais. Alors que les finales de la Coupe Stanley ont rassemblé des milliers de personnes au Quartier des spectacles, sur une initiative de la Ville de Montréal, que la campagne de vaccination progresse et que les cas baissent, les pianos resteront, eux, confinés encore cette année.

Une «question d’échéancier»?

Los du dernier Conseil d’arrondissement de Ville-Marie, un citoyen s’inquiétait de l’absence des pianos publics. Le conseiller désigné de la Ville Richard Ryan, avait répondu qu’il était «un peu tard pour cette année.»

M. Ryan blâme les mesures sanitaires qui étaient en place au printemps.

«Au moment où nous avions planifié les endroits, la coordination des pianos publics, c’était à un moment où ce n’était pas encore possible. C’est des activités qu’on ne pouvait pas non plus planifier puisqu’il y avait des restrictions.»

Richard Ryan, Conseiller désigné de la Ville, arrondissement Ville-Marie

La mairesse Valérie Plante ajoute que leur installation répond à «un horaire, un échéancier» et que «quand arrive le printemps, on a une programmation complète». Mme Plante assure que l’administration ne veut, en aucun cas, enlever les pianos publics.

M. Ryan reconnaît quant à lui, l’importance des pianos publics pour démocratiser la culture et précise que dans un contexte de pandémie, «il y a un gros travail pour choisir les bons endroits pour qu’il y ait une bonne mitigation entre les appartements et les endroits publics.»

L’administration assure que les pianos publics montréalais feront leur retour à l’été 2022. La saison estivale des pianos publics se déroule habituellement de juillet à octobre dans une dizaine d’arrondissements.

Pour le «citoyen inquiet», il y a une distinction importante à faire entre les termes de démocratisation culturelle et la démocratie culturelle.

Selon lui, la démocratisation culturelle «permet aux citoyens d’avoir accès à la culture, celle-ci profite d’un lobby important, nombre d’agents d’artistes en font la promotion, elle est donc soutenue par l’économie.»

Contrairement à la démocratie culturelle, «plus rare, qui permet aux citoyens eux-mêmes, de produire la culture, par tous les arts pratiqués par des amateurs (comme les pianos publics). Cette dernière «n’a que son pouvoir de persuasion et la bonne volonté des pouvoirs en place de lui accorder l’importance qui lui revient.»

Danger de contagion?

Contacté par Métro, le service des communications de la Ville de Montréal a offert une tout autre explication. Il s’agirait plutôt d’une mesure de santé publique.

«Actuellement, les pianos publics sont inaccessibles jusqu’à nouvel ordre afin d’éviter les rassemblements et d’assurer le respect des normes sanitaires», écrit la Ville dans un courriel.

Selon le virologue Benoit Barbeau, les dangers de propagation du virus sont pourtant minimes. Surtout en comparaison avec les rassemblements organisés lors des matchs des Canadiens de Montréal, qui ont réuni parfois plusieurs milliers de personnes.

«Comparé aux gouttelettes projetées lors de rassemblements, le risque de transmission par des objets qu’on utilise à l’extérieur est minime. On devrait faire preuve de souplesse et ne pas limiter leur utilisation.»

Benoit Barbeau, virologue et professeur à l’UQAM

S’il comprend que l’administration municipale veuille faire preuve de prudence, il admet être «étonné». Alors que la progression de la campagne vaccination place la métropole dans une situation «plus avantageuse» qu’à l’été 2020, ajoute-t-il.

Pour le professeur Barbeau, les risques de contamination par les surfaces, comme les touches d’un piano, sont donc minimes. Les gouttelettes et aérosols véhiculent un nombre plus important de particules du virus comparé aux surfaces inanimées.

Ainsi, pour qu’une personne soit infectée par un objet inanimé, ou fomite – comme les touches d’un piano – il faut beaucoup plus de particules du virus à sa surface. De plus, la durée de vie du virus sur ces surfaces est limitée.

Le variant Delta, qui n’a pas encore fait une entrée remarquée au Québec, ne changerait pas la donne selon le chercheur.

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