Culture

FME 2021: un festival presque normal

Pierre Kwenders au FME Photo: FME/Collaboration spéciale

Si on se fie au Festival de musique émergente (FME) qui s’est conclu dimanche à Rouyn-Noranda, les événements culturels de l’automne offriront un semblant de normalité. C’est ce qu’a constaté Métro lors de ces quatre journées rythmées.

Après avoir été le seul festival à avoir lieu l’été dernier, le FME a une fois de plus brisé la glace cette année en devenant le premier à exiger le passeport vaccinal, conformément aux règles de la santé publique.

Pour composer avec cette nouvelle mesure annoncée à peine trois semaines avant le début de l’événement, l’équipe du FME a eu la brillante idée de fournir un bracelet aux spectateurs doublement vaccinés. Il ne suffisait que de le montrer à l’entrée des salles.

Pour citer un des nombreux fidèles bénévoles du festival à qui nous avons parlé, il s’agissait d’une édition «aux trois quarts normale». La preuve : une dizaine de lieux ont diffusé plus d’une soixantaine de spectacles au cours de la longue fin de semaine.

Il va sans dire que cette édition a été beaucoup plus conviviale que la précédente, qui s’était tenue miraculeusement entre deux vagues de pandémie l’an dernier. Fini les enclos! L’aménagement ingénieux de la grande scène extérieure au bord du lac Osisko a permis de respecter la distanciation sans se sentir isolé.

Une première soirée chaude

Le temps était frisquet jeudi soir en Abitibi-Témiscamingue pour l’ouverture du festival, mais Pierre Kwenders et Gab Paquet ont fait grimper le mercure avec leurs chansons langoureuses, chacun dans des registres très différents.

Le premier nous a donné «rendez-vous à Rouyn-Noranda» plutôt qu’à Paris, comme dans sa chanson Rendezvous, avec sa musique chaleureuse, hybride d’électro, de jazz et d’afro-beat.

Au diapason avec la foule, Pierre Kwenders s’est déhanché allègrement sur plusieurs morceaux de son excellent album Makanda – At the End of Space, the Beginning of Time, en plus de présenter de nouvelles chansons d’un prochain album prometteur.

En fin de soirée, le bar Au diable rond accueillait le dandy Gab Paquet, dont la pop-rock puisée à même les années 1980 est à prendre au deuxième degré. Le Sex Machine nous a laissé son numéro (1-800-666-SEXE) et donné rendez-vous au café-bar-rencontre Boulevard Tendresse (là où c‘est cher, mais ça vaut la peine).

Bref, il en a mis plein la vue avec son charisme légendaire, son impeccable coupe Longueuil et ses nombreux costumes, tous plus kitchs les uns que les autres. Un spectacle plein de magie (rose)!

Les ex-émergents

S’il porte en général bien son nom, le Festival de musique émergente a aussi laissé de la place dans sa programmation à quelques artistes bien établis, ou comme Ariane Moffatt l’a bien résumé, à des ex-émergents.

Après tout, l’autrice-compositrice-interprète était de la toute première édition du FME, en 2003, tout comme une autre tête d’affiche de cette année, Louis-Jean Cormier, qui était à l’époque avec le groupe Karkwa. Tous deux ont d’ailleurs blagué sur leurs souvenirs très nébuleux de l’époque.

Près de six mois après sa sortie, Ariane Moffatt a en enfin pu présenter son magnifique album Incarnat devant public. L’endroit était tout indiqué : les spectateurs ont vécu une véritable communion avec elle… dans une église!

Seule sur scène, elle a alterné entre le piano et ses consoles électroniques, entre ses nouvelles chansons et ses grands succès, y incorporant deux reprises de ses «mentors», Daniel Bélanger et Leonard Cohen. Une performance sublime truffée d’anecdotes savoureuses et de rires.

«Coudonc, je suis rendue matante! C’est ça être une ex-émergente.»

Ariane Moffat, après avoir employé l’expression «olé olé»

Louis-Jean Cormier a lui aussi raconté plusieurs anecdotes lors du concert du clôture du FME dimanche soir, dont une qui établit un drôle de lien entre la notion de distance et les line-up de hipsters à Los Angeles.

S’il a donné une performance solide et très généreuse, on a davantage été conquise par Marie-Pierre Arthur – une autre qu’on pourrait qualifier d’ex-émergente – qui jouait sur la même scène juste avant lui. La chanteuse et bassiste a livré un spectacle redoutablement énergique, sur fond de rock et d’électro. Une véritable reine sur scène.

D’autres moments forts

On pourrait écrire encore longuement sur les nombreux moments mémorables du festival. On se contentera de mentionner la force de la nature qu’est Laura Niquay, qui a superbement connecté avec le public grâce à ses chansons folk rock en atikamekw et son talent de conteuse.

Et que dire de Barry Paquin Roberge, le groupe le plus glam du Québec (notamment grâce à la formidable flûtiste Anna Frances Mayer), qui a fait danser la foule sous une pluie battante grâce à ses irrésistibles et diablement entraînants airs disco funk psych?

C’est sans parler du magnétisme de Ouri, de la présence d’Ariane Roy, de la pétillante Emma Beko, de l’émouvant Étienne Coppée et de l’énigmatique groupe torontois Pantayo, pour ne nommer qu’eux. Un FME très réussi qui donne espoir pour la prochaine saison des festivals.  

La représentante de Métro a séjourné à Rouyn-Noranda à l’invitation du FME

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