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Jean-Michel Blais, le cœur au bout des doigts avec «aubades»

Jean-Michel Blais
Le musicien Jean-Michel Blais Photo: Josie Desmarais/Métro

Jean-Michel Blais présente ses aubades, un ensemble de onze chansons pensées pendant le confinement. Délicates et généreuses, celles-ci prennent vie grâce à la collaboration d’une douzaine de musicien.ne.s dans une atmosphère presque à rebours de notre époque.

«Je ne sais pas comment j’ai pu faire aubades aussi naïvement!» s’étonne encore Jean-Michel Blais. Son quatrième album, le pianiste- compositeur-interprète l’a en effet conçu lorsque le monde entier marquait une pause forcée début 2020 – pandémie oblige. «En confinement, tu t’attends à faire un album solo, pas pour douze personnes», plaisante-t-il.

Face à un temps libre qui semblait déjà infini, Jean-Michel Blais a préféré se lancer dans des projets d’envergure. Apprendre l’orchestration, par exemple. «Je pense que c’était inconscient, mais cette solitude s’est transformée en une volonté de m’entourer», souligne-t-il.

Et pas de n’importe qui, puisqu’il a reçu l’aide «de plusieurs amis», dont l’ancien assistant de Philip Glass – à qui il dédie la sublime première pièce, murmures –, Alex Weston et Nicolas Ellis, collaborateur artistique de l’Orchestre Métropolitain et de Yannick Nézet-Séguin.

Une musique politique?

«J’avais envie d’entendre chaque instrument comme un individu», poursuit Jean-Michel Blais. «Après avoir rencontré les musiciens, je n’étais plus capable de me les enlever de la tête. Ils ont une vibe, un timbre de voix, des histoires.»

«Tranquillement, j’ai voulu les placer au-devant, et, humblement, ne pas me mettre en valeur. Ce n’est pas juste un album de piano avec des cossins en arrière.» Selon lui, s’associer à un orchestre est «un move presque socialiste, quasiment communiste».

Ç’a été l’une des plus belles journées de ma vie d’entendre la musique que je préparais depuis un an et demi jouée par d’autres musiciens.

Jean-Michel Blais

Dans cette lignée, le compositeur avoue volontiers avoir été inspiré par la polyvalence de William Morris. Cette figure du 19e siècle, reconnue tant pour ses compétences en design textile que pour ses œuvres littéraires et son engagement politique, a su faire quelque chose de «ses privilèges», de «la notion d’organicité». «J’avais l’impression de faire pareil, mais avec des humains et des sons.»

«J’ai envie de croire qu’en tant que groupe, on peut se tenir ensemble et faire quelque chose de plus grand. Ce n’était pas l’objectif au départ, mais je pense qu’aubades est devenu politique, très social.» Jean-Michel Blais souhaite que son album puisse ainsi «donner un regain de vie, de puissance, d’évasion».

Douceur matinale

Jean-Michel Blais tenait par ailleurs à illustrer la pochette d’aubades à l’image d’une tapisserie de William Morris. Celle-ci a été ornementée avec «des éléments qui se sont mis à apparaître dans le bois du Champ des possibles ici à Montréal, comme des papillons». Il estime que l’insecte symbolise le concept de voyage, à la fois à travers le temps et l’espace, grâce à ses essaims.

L’aubade, mot désuet pour désigner un concert donné à l’aube, convoque aussi la fraîcheur du matin, laquelle traduit la volonté de Jean-Michel Blais de revenir à l’essentiel par la nature. «Dans aubades, je voulais qu’on entende la vie des gens et qu’on se sente comme dans un sous-bois au printemps.»

Il n’hésite pas à comparer l’épanouissement et la renaissance du jour et de la saison nouvelle à son apprentissage de l’orchestration. «Il y avait la possibilité d’y croire, de s’ouvrir autant que possible à quelque chose de lumineux», se souvient-il.

«Je me rends compte que la musique que j’ai faite dernièrement est pleine d’espoir, de vie, de rythme», ajoute Jean-Michel Blais à ce propos. «Je suis surpris parce qu’habituellement, je suis censé faire du piano mélancolique. Ce n’est pas tout à fait ce qui s’est passé!» Les très réjouissants ouessant, nina, absinthe et amour en sont, de fait, de beaux aperçus.  

Jean-Michel Blais
Jean-Michel Blais

De Vivaldi à Depeche Mode

Si Jean-Michel Blais dédie également aubades à des personnalités qui l’animent, comme Satie, Chopin, Yann Tiersen ou encore Sufjan Stevens, c’est parce qu’il veut «mélanger, décloisonner pour que les gens s’ouvrent à d’autres horizons musicaux».

«Ces gens ont influencé ma façon de jouer le piano, mais aussi de composer pour l’orchestre», dit-il. Convenant d’un «métissage très weird», Jean-Michel Blais a, pourtant, bien l’intention de «démocratiser des deux côtés».

«Je veux déhiérarchiser le fait qu’au sommet, il y aurait une musique de classe et, en bas, une musique du peuple». Pour lui, il est aussi important que quelqu’un qui écoute Beirut découvre Debussy que l’inverse. Un peu comme une volonté de mêler le passé avec le présent.

D’aucuns, donc, ne seront déconcertés par l’écho à Enjoy the Silence dans passepied, pièce dont le titre fait référence à une danse du Moyen-Âge. «J’ai voulu faire cette citation car je suis un gros fan de Depeche Mode. J’aime laisser des repères à gauche et à droite», précise Jean-Michel Blais, qui a pris un malin plaisir à «intégrer des artistes pop dans un contexte plus acoustique, orchestral».

Quant à Vivaldi, le musicien l’a redécouvert pendant la création d’aubades. «Je ne suis pas dans l’imitation, mais dans l’impression», prévient-il, alors que l’on sent sur le disque l’empreinte flamboyante de l’Italien sur le Québécois.

«Vivaldi ne se gêne pas, il est all in. C’est devenu kitsch avec le temps, mais je trouve ça ridicule.» À contre-courant, Jean-Michel Blais admire l’immanence et la pureté de la musique baroque vivaldienne. «Je pense qu’il y a aussi ça dans aubades

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