Raine Maida: «Ma vision de la vie a changé»
Raine Maida lance mardi We All Get Lighter, son second album solo. De passage à Montréal lundi, le chanteur d’Our Lady Peace nous a parlé de ce disque aux arrangements riches, aux ambiances fascinantes et aux paroles très Raine.
Vous ouvrez le disque avec How to Kill a Man. Une pièce qui débute en douceur avant d’exploser dans un mur de son sur lequel vous superposez des paroles répétitives : «I’m thinking over thinking over thinking…» («Je pense trop je pense trop je pense…») Est-ce que vous vouliez bâtir une spirale sonore afin que l’auditeur se sente aspiré dans votre monde?
Oui. En termes d’écriture et de production, je souhaitais construire une pièce qui commence de façon tranquille et intime et se transforme très vite en une véritable cacophonie.
On sait que vous avez un grand respect pour les artistes de spoken word, comme Sage Francis. Sur votre dernier album solo [The Hunter’s Lullaby], vous aviez beaucoup fait appel à cette forme de poésie. Mais cette fois, on n’en retrouve que sur une pièce, Rising Tide. Un choix conscient?
Ma pire crainte, c’est d’ennuyer les autres… et de m’ennuyer moi-même. Donc, sur ce disque, c’est vrai que j’ai peu utilisé le spoken word. Mais ça ne veut pas dire que je n’y ferai plus jamais appel. C’est en moi. Ça m’habite.
La troisième pièce, Montreal, commence par une explosion de cuivres qui évoque Ennio Morricone! Est-ce que notre ville vous donne… une impression de western?
Quand j’étais petit, mon père écoutait plein de westerns. Je n’aimais pas du tout ces films, mais la musique me faisait planer. Ce n’est que lorsque j’ai grandi que j’ai réalisé qui était Ennio, et à quel point il était brillant. Quand un de mes amis a ajouté des cuivres sur Montreal, je me suis dit : «Wow! Ça sonne comme du Ennio! Et c’est la meilleure chanson du monde maintenant!» (Rires)
Dans ce morceau vous parlez de «la ville qui change». Vous qui voyez Montréal comme votre seconde maison, avez-vous constaté sa métamorphose au fil des ans?
En fait, c’est une métaphore. Car Montréal est un endroit culturellement riche et absolument magnifique, mais les hivers y sont si rudes! Ça montre que la vie n’est jamais parfaite. Et qu’il faut prendre les deux côtés, le meilleur comme le pire.
On sait que vous étiez très engagé dans le mouvement Occupy. La chanson SOS s’ouvre d’ailleurs sur un échantillon sonore dans lequel il est question de désobéissance civile.
C’est un extrait dit par le regretté penseur, professeur, activiste Howard Zinn, qui était limite anarchiste. Dans cette pièce, je souhaitais exprimer à quel point ça me fascine qu’on n’apprenne jamais de nos erreurs quand il s’agit de guerre et d’injustice. SOS, c’est un appel à l’aide.
Est-ce également un clin d’œil aux manifestations montréalaises?
En fait, je pense qu’il n’y aurait jamais eu de manifs à Montréal s’il n’y avait pas eu Occupy. Et il n’y aurait jamais eu d’Occupy s’il n’y avait pas eu le printemps arabe. Et tout ça est arrivé, entre autres, grâce à Twitter. C’est fascinant la puissance de la technologie! Marshall McLuhan l’a dit à l’époque : le message, c’est le médium.
Parlant de technologie, sur la dernière pièce, Numbers, qui est également celle qui a une sonorité plus électro, presque dubstep, vous dites être submergé par tout ce qui est électronique. Vous souhaitiez faire un contraste entre les mots et les sons?
Je voulais simplement que le disque s’achève sur quelque chose de différent. Je me rappelle que, lorsque j’étais petit, je m’endormais souvent en écoutant mes albums. Je voulais que ce soit la même chose pour le mien! Numbers, c’est la chanson parfaite pour sombrer dans le sommeil! (Rires) Cela dit, c’est vrai que cette pièce évoque le trop-plein d’info. Parfois, je me dis : «Merde, assez avec tous ces chiffres, assez avec cette technologie! Je veux juste faire quelque chose de simple. Comme cuisiner!»
Le titre de l’album, We All Get Lighter, on devient tous plus légers, c’est le but que vous cherchez à atteindre? Qu’on se sente libéré après l’avoir écouté?
C’est dur à dire. L’album est lourd, mais au final, ce que j’aimerais transmettre, c’est qu’on s’en met tellement sur les épaules, et qu’on s’attend à tellement de la vie, que ça devient un poids. Je pense que c’est important de se débarrasser de tous ces fardeaux et de réellement vivre le moment présent.
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