L'audace d'espérer une meilleure vie
Les longs métrages sociaux se multiplient. Il y a eu récemment Le vendeur de Sébastien Pilote et Ma part du gâteau de Cédric Klapisch, et bientôt Les neiges du Kilimandjaro de Robert Guédiguian et Le havre d’Aki Kaurismäki. C’est dans ce contexte que prend l’affiche Une vie meilleure de Cédric Kahn, où un couple s’endette à outrance pour réaliser son rêve de s’acheter un restaurant.
«Le film est presque construit comme un conte, explique le réalisateur, de passage à Montréal pendant le festival Cinemania. Il y a d’abord la période enchantée où ils se lancent dans cette histoire de façon presque utopique et naïve. Eux aussi, ils veulent leur petit endroit de bonheur. Il n’y a pas de raison qu’ils n’y aient pas droit. On entre dans l’image idéale du bonheur, qui est une image finalement artificielle. Et pour accéder à ce bonheur-là, ils doivent faire d’énormes sacrifices et le piège se referme sur eux…»
Un piège qui s’inscrit tout droit dans les soubresauts économiques actuels. Celui où tombent des personnes qui misent le tout pour le tout, et qui sont parfois rappelées à l’ordre par la réalité.
«Le personnage principal, qui est joué par Guillaume Canet, pense que c’est le rêve de sa vie, d’être son propre patron, alors qu’il est condamné à être un petit employé, un pauvre homme qui ne possède rien, décortique le metteur en scène, à qui l’on doit des œuvres aussi variées que Feux rouges et Les regrets. Il décide de changer de condition sociale et il n’accepte pas l’idée que ça ne soit pas possible. C’est ça, la tragédie du film.»
«Qu’il soit dans le système officiel ou le système parallèle, il y a tout le temps quelqu’un pour profiter de sa faiblesse, continue le cinéaste. La pauvreté est un terrain de spéculation comme un autre. Il n’y a pas la volonté diabolique de mettre les gens pauvres à terre, il y a juste la possibilité de faire de l’argent.»
Les joies de tourner au Canada
Pour les besoins du scénario, Cédric Kahn est venu tourner une partie d’Une vie meilleure au Canada, un endroit qu’il décrit presque comme l’Eldorado pour ses personnages. «Il est vrai que, dans l’inconscient français, ça veut dire ça, avoue-t-il. C’est l’idée de l’espace, du possible. Le Canada, l’Australie… Et ce sont des pays qui sont un peu moins violents avec les étrangers.»
Il a toutefois dû s’adapter à une réalité qu’il ne connaissait pas. «On a une façon de travailler ici qui est un peu déstabilisante, soutient le réalisateur. Je travaille d’une façon très naturaliste, je filme dans la rue sans figuration. Ici, les gens sont sur des boîtes de tournage plus organisées. Le dispositif de tournage a beaucoup d’influence sur les images que l’on va chercher. J’avais tendance à vouloir réduire l’équipe au minimum, être le plus discret possible. Ce n’est pas tout à fait la méthode ici.»
Une vie meilleure
À l’affiche dès vendredi