Xavier Caféïne : nouvelle vague à l’âme
Ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort, dit l’expression consacrée. Une expression que le rockeur Xavier Caféïne consacre pleinement sur New Love, son nouvel album né à New York.
Plonger dans New Love, c’est traverser toutes les étapes d’une histoire d’amour. De l’extase des débuts au clash qui survient trop souvent, puis à l’envie de tout péter, à la guérison, et à l’amour suivant. Au recommencement. Parce qu’on est con et qu’on recommence toujours.
Sur ce disque qui arrive quatre ans après Bushido, Xavier Caféïne, rockeur, multi-instrumentiste, acteur majeur de la scène musicale, amoureux de The Cure, de The Clash et de David Bowie, signe un album plein de futurs tubes, «all killer no filler», comme dirait un certain groupe, «inspiré d’une histoire vraie», comme on dit au cinéma. «J’ai vécu une expérience douloureuse qui m’a permis de faire le tour de tout ça, confie-t-il. Parce que, bizarrement, quand t’es en couple, tu n’y penses pas. Quand t’es à deux, t’oublies c’est quoi l’amour.»
C’est seulement quand on vit soudain une peine monstrueuse et qu’on se retrouve seul que tout nous revient, dit-il. Ah oui. C’est vrai. C’est ÇA que ça fait.
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On se souvient que, sur l’album phare Gisèle, paru en 2006, Caféïne «dansait comme un oiseau» sur Les corbeaux et se faisait chat sur l’iconique Montréal. Sur New Love, il continue ses métamorphoses. Loup abandonné qui retourne en forêt dans Left for Dead. Vampire dans No Love. Éléphant (qui dort) dans L’orpheline. «L’animal, c’est un véhicule très riche en sens et en symboles pour moi, affirme celui qui arbore des tatouages de tigre, de papillon, de mouche. Souvent, quand j’ai un blocage d’écriture, je pense à un animal et ah, parfait, ça remet mon système en marche.»
Sur Fucking Time, un morceau qui parle du temps qui passe, de toutes ces choses qu’on aimerait faire mais, putain, on n’a jamais le temps, il répète 30 fois, précisément, le mot fu*king. «Cette chanson, c’est un sacrifice, dit-il dans un sourire. Elle est tellement pop qu’elle aurait pu passer partout, mais parce que je sacre tout le long, ce n’est plus possible!»
Le chanteur y parle des jours qui filent sans qu’on puisse accomplir ce qu’on devrait théoriquement accomplir. Mais au final, pfft, pourquoi s’en inquiéter? conclut-il avant d’effectuer un revirement stylistique et d’inviter une fille à avoir du fu*king time. «Tant qu’à vieillir et à mourir, pendant qu’on est encore jeunes, baisons!» lance-t-il joyeusement.
Il dit d’ailleurs suivre l’exemple de ses modèles, des références mâles de chic et de rock qui prennent du mieux avec l’âge. Bowie, Iggy Pop… Des types qui ont «vraiment bien vieilli». «J’essaye de m’inspirer d’eux. Je ne joue pas au p’tit cul de 20 ans, parce que, de toute façon, ça ne servirait à rien. Je m’habille plutôt en monsieur de 50 ans… et les gens me disent que j’ai l’air jeune pour un gars dans la cinquantaine!» s’amuse-t-il.
Et puis regretter, ça ne sert pas à grand-chose. «Ben oui, chaque jour, on prend un jour de plus. C’est pas grave! T’as les cheveux gris? Teins-toi! Reste beau! Reste jeune! Ça se fait!»
Sur Fucking Time, il remarque aussi qu’il n’aura pas le temps d’accomplir tous les trucs qu’il avait inscrits sur sa liste «À faire». Mais il confie que concocter ce disque à New York, travailler avec le réputé réalisateur Gus Van Go, laisser aller les choses et s’en remettre à lui juste ce qu’il faut, lui a permis de faire «un gros check» sur ladite liste. «C’était très inspirant, se souvient-il. Je n’étais pas chez nous, je n’étais pas en voyage. J’habitais vraiment là. Je finissais le travail au studio vers 22 h et je passais la nuit à me promener. Je n’ai jamais vu la ville de jour. Sauf les dimanches. Et les dimanches à New York, c’est comme les dimanches à Montréal. Les gens marchent, boivent des cafés et mangent des bagels. J’haïs ces journées-là.»
Sur New Love, un album cohésif, dynamite, on renoue aussi avec le cri primal du rock, ce 1-2-3-4 qui ouvrait Gisèle et que Xavier lance à quelques reprises : «One-two-three-four!» «Je n’ai pas pu m’en empêcher, concède-t-il. J’ai vraiment beaucoup d’affection pour le un, deux, trois, quatre!»
Actuel, il met aussi des sirènes de police sur Love is a Riot, l’amour est une émeute. «J’ai écrit ce texte pendant les manifs étudiantes, raconte-t-il. Je trouvais ça beau, inspirant. Mais pendant que ça se déroulait, je n’étais pas à Montréal. J’étais fâché parce que j’avais habité pendant 18 ans ici et que, au moment où j’ai décidé de m’exiler pour mettre de l’ordre dans mes affaires et finir mon album, ça s’est mis à péter partout! Et moi, j’étais où? Je. N’étais. Pas. Là.»
N’empêche, ce disque lui a permis de faire un «véritable exorcisme». «J’ai essayé de faire quelque chose de beau avec une douleur insupportable. Parce que je pensais que j’allais mourir. Carrément. Mourir d’amour. Mais finalement, je ne suis pas mort et je me sens 10 fois plus fort qu’avant. Je me sens aussi bien plus comme moi-même. Parce que se réapproprier soi-même, c’est de l’amour aussi. Il faut s’aimer en premier. Ensuite seulement, on peut commencer à aimer les autres.»
Les disques clés de Caféïne

Bad Brains Banned in DC
«Parce que cette musique est révolutionnaire dans plus d’un sens. La vitesse, le chant hystérique et sensible à la fois, les pièces dub qui se superposent aux pièces punk…»

Joy Division Heart and Soul
«J’ai choisi ce coffret, parce que c’est dur de choisir juste un disque! Joy Division est maître du post-punk et fait partie de ma collection depuis toujours.»

The Beatles With The Beatles
«Parce que je crois que c’est précisément là que tout commence…»